
C’est le grand désert des prétoires. Cette semaine, les tribunaux marocains avaient des airs de d’administration un matin de ramadan : vides, silencieux, et désespérément privés de leurs habituels ténors. Pour les justiciables venus chercher un morceau de droit, il a fallu se contenter de regarder les mouches voler. La faute à qui ? Aux « robes noires », qui ont décidé de ranger les plaidoiries au placard pour une semaine complète de grève. Un mouvement suivi à 95%, pavane le bâtonnier de Rabat, Aziz Rouibah, visiblement ravi de ce blocus de velours.
Rabat – Al Ousboue
Au cœur du drame : le projet de loi 66.23. Un texte ciselé par le ministère de la Justice qui, selon les syndicats des robes noires, tendrait à transformer nos fiers et indépendants avocats en gentils fonctionnaires d’administration, dociles et surveillés de près. Les procédures disciplinaires promises par la réforme font déjà trembler les prétoires : certains y voient une laisse un peu trop courte pour couper le sifflet à la défense.
L’arroseur arrosé
Mais le clou du spectacle reste le duel à fleurets mouchetés entre le bâtonnier et le ministre de la Justice, Abdellatif Ouahbi. Le sel de l’histoire ? Le ministre est lui-même avocat de métier. Un détail piquant qui n’a pas échappé à Maître Rouibah, lequel reproche à son confrère devenu ministre d’oublier un peu vite d’où il vient, surtout quand il s’agit de chipoter sur les sous de l’assistance judiciaire destinés aux plus modestes. Toucher au portefeuille et à l’autonomie des avocats, voilà qui s’appelle scier la branche sur laquelle on portait la robe.
Face à ce grand déballage, le bâtonnier en appelle désormais « à la sagesse et à la raison » de son ministre de tutelle. Une formule polie pour lui demander de ranger son ego au vestiaire.
Sentant le roussi et la paralysie générale du système, le Chef du gouvernement a fini par proposer sa médiation, tel un casque bleu dépêché entre deux armées de juristes prêts à s’étouffer avec leurs propres codes civils. Reste à savoir si la Chambre des conseillers saura accoucher d’un miracle. En attendant, les plaideurs chôment, et la justice marocaine, elle, a trouvé le moyen de ne plus faire de déçus : elle ne rend plus rien du tout.



