POLITIQUE & CUISINAGES

Grandeur et décadence du PJD

Benkirane : dernière campagne électorale ?

Souvenez-vous, c’était en 2016. Une éternité. À l’époque, les barbus du PJD affichaient une confiance à faire passer un banquier pour un philanthrope. Le parti régnait sur le gouvernement, gérait les plus grandes métropoles du Royaume et son leader, Abdelilah Benkirane, remplissait les stades comme une rock star en djellaba.

Rabat– Al Ousboue

La suite ? Une lente et savoureuse agonie. Dix ans d’usure du pouvoir, de soupe populaire pour militants désenchantés et de crêpage de chignons entre fondateurs. Jusqu’à la bérézina de 2021 : une humiliation électorale si monumentale qu’elle a envoyé la troupe faire une très longue, et très aride, traversée du désert. Sans boussole, ni gourde.

Peuvent-ils revenir dans le bocal politique ? Les parieurs hésitent. Il faut dire que la mode de l’islam politique est un peu passée de mode dans le prêt-à-porter arabe. Pour ne rien arranger, les caisses du PJD sont aussi vides que le crâne de certains élus, les grosses pointures comme El Othmani ou Ramid ont déserté le navire, et le MUR, la béquille idéologique du parti, a perdu sa voix dans le brouhaha ambiant.

Pourtant, les rescapés de la débâcle ont encore un atout maître : la nullité crasse de la concurrence.

Face à une majorité de partis invertébrés, peuplés d’élites interchangeables, le PJD fait presque figure d’intellectuel.

Avec seulement dix députés égarés au Parlement, le duo de choc Abdellah Bouanou et Mustapha Brahimi s’offre le luxe d’allumer des ministres désemparés, incapables d’aligner trois mots sans prompteur. À eux seuls, ces deux ténors barbus réussissent l’exploit de tenir un discours articulé, sauvant in extremis l’honneur d’une institution parlementaire qui a autant de crédibilité qu’un billet de trois dirhams.

Pour ce énième retour de la momie, le PJD mise tout sur son éternel phénix : Benkirane. À 72 balais, le vieux lion s’apprête à entamer sa dernière danse. Certes, le disque est rayé : ses anecdotes sur son passage à la Primature radotent sec et ses outrances verbales amusent la galerie. Mais le bougre reste un monstre de la tchatche. Sans effets spéciaux ni budget com’, il squatte les écrans en s’emparant des sujets chauds (Gaza, l’Iran) que les autres politiciens fuient comme la peste. Reste à savoir si l’indignation Facebook se transforme automatiquement en bulletins dans l’urne.

Seul hic, et de taille : le retrait d’Aziz Akhannouch de la course électorale. Alors que tout était prévu pour terrasser le PAM, leur grand rival fabriqué sur mesure, Benkirane vient de perdre son punching-ball favori, son meilleur ennemi, celui sur l’impopularité duquel il comptait surfer pour refaire l’audimat. Sans cette cible de choix, il va falloir inventer autre chose que le service après-vente du mécontentement social.

Au PJD, on a donc revu les ambitions à la baisse. On ne vise plus le grand chelem, mais l’évitement du naufrage total. Dans le meilleur des mondes, ils espèrent gratter une trentaine de sièges en remobilisant les déçus. Après tout, en 2021, il ne leur manquait parfois que quelques centaines de voix pour sauver leurs fesses.

Les paris sont ouverts…

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page
Social Media Auto Publish Powered By : XYZScripts.com