ECONOMIE & MONOPOLY

Bank Al Maghrib | Jouahri attend le Messie (privé) et absout ses banquiers

Investissement privé : Faut-il envoyer la police pour réveiller les patrons qui dorment sur leurs bénéfices ?

Sortez les violons et rangez les calculettes. Notre Wali national, Abdellatif Jouahri, a parlé. Et quand le grand argentier de Bank Al-Maghrib s’exprime, c’est pour nous annoncer que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles… du moins jusqu’en 2030. Après ? Il suffira de prier pour que le privé daigne enfin travailler.

Rabat – Al Ousboue

Le 2,25 % de la sieste monétaire

Mardi, le Conseil de la banque centrale a accouché d’une décision historique : ne rien faire. Le taux directeur reste vissé à 2,25 %. Pourquoi changer une équipe qui stagne ? L’inflation est « maîtrisée », circulez, il n’y a rien à voir. Mieux, les projections officielles, toujours d’une précision d’horloger suisse, nous prédisent une croissance à 4,9 % en 2026 et 5,2 % en 2027. C’est fou ce que les chiffres sont dociles quand on les caresse dans le sens du poil.

Bien sûr, ce miracle permanent est entièrement perfusé à l’argent public. On creuse, on bâtit, on s’apprête à accueillir le Mondial 2030, et les milliards de l’État coulent à flots. Mais Jouahri, en vieux sage, sait bien qu’on ne peut pas éternellement vider les caisses du Royaume pour faire briller les statistiques.

« Debout, les fainéants ! »

C’est là que le plan devient grandiose. Le Wali appelle à un « réveil » de l’investissement privé. Comprenez : l’État a tout payé, a déroulé le tapis rouge, a réformé les Centres Régionaux d’Investissement (qui servaient surtout à distribuer des badges), a pondu une énième « Charte »… et les patrons marocains continuent de ronfler sur leurs tas de billets.

« Ce que nous souhaitons, c’est le réveil de l’investissement privé », a soupiré le Wali.

Pour secouer ces belles au bois dormant, quelle est l’arme fatale du technocrate ? Une réunion ! BAM, le ministère des Finances, la CGEM et les banques vont se mettre autour d’une table pour « identifier les leviers ». On tremble d’avance devant tant d’audace bureaucratique. Le Fonds Mohammed VI et les TPME sont priés d’y croire. Les miracles, c’est tellement plus beau quand c’est écrit dans un rapport.

Saints banquiers, priez pour nous

Mais le grand moment de grâce est venu quand les journalistes, ces impudents, ont osé demander pourquoi les baisses de taux de la banque centrale ne profitaient jamais au citoyen lambda, notamment pour les crédits immobiliers qui flirtent toujours joyeusement avec les 5 %.

Là, Jouahri a sorti son bouclier de Premier de la classe : selon ses calculs, les banques ont répercuté la baisse à 77 %. Les 23 % restants ? Sûrement des frais de dossier pour financer le café des directeurs d’agence.

Quant au logement, le Wali a volé au secours de nos pauvres banques locales, si fragiles et si peu bénéficiaires, comme chacun sait. Emprunter sur vingt ans, ma bonne dame, c’est un « risque ». Il faut bien que ces pauvres banquiers se protègent contre l’avenir ! Si l’inflation est à 1,5 %, votre crédit à 5 % reste une « condition favorable ». Si vous ne comprenez pas cette logique, c’est que vous n’avez pas fait de hautes études en prestidigitation financière.

En résumé : l’État dépense, les banques encaissent, le privé roupille, et le citoyen paie. Mais souriez, la croissance de 2027 sera magnifique.

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