
Pour ceux qui l’auraient oublié, le détroit d’Ormuz est ce charmant boyau de mer de 50 kilomètres où s’entassent les ambitions mondiales. Déjà en 1553, les Ottomans et les Portugais s’y rentraient dedans pour savoir qui taxerait les épices et les canassons. Aujourd’hui, on y croise surtout 20 à 30 superpétroliers par jour. Pas de jaloux : les Saoudiens y font passer 88 % de leur brut, et l’Irak carrément 98 %. Un vrai paradis pour maîtres-chanteurs.
Rabat – Al Ousboue
Ormuz, le goulot à palabres
En 1980, la révolution khomeiniste pousse l’Irak et l’Iran à s’étriper joyeusement. C’est l’époque de la « guerre des pétroliers » : Téhéran menace de fermer la bande, Bagdad bombarde, et le monde tremble pour son réservoir. Huit ans de boucherie plus tard, l’ONU accouche de sa fameuse résolution 598. L’Iran fait la sourde oreille avant de capituler en rase campagne en août 1988.
Grâce aux archives de sa Majesté britannique, on sait enfin pourquoi le Guide suprême a bu le calice jusqu’à la lie. Un rapport secret de l’époque ricane sur ce timing « humiliant » pour les Iraniens : économie à plat, moral dans les chaussettes à cause des armes chimiques de Saddam, et trouille bleue de voir la Navy américaine couler ce qu’il leur reste de barques. Bref, la Révolution s’est pris les pieds dans le tapis.
Chérif, fais-moi un miracle !
C’est là que l’histoire devient savoureuse. En mai 1988, Ronald Reagan, fatigué de jouer les cow-boys dans le Golfe, décide de sous-traiter la paix mondiale. Les Américains cherchent un intermédiaire assez souple pour parler à tout le monde. Banco : ils misent sur Hassan II, alors très en cours à Washington et fraîchement rabiboché avec le voisin algérien.
Dans une missive présidentielle (récemment sortie des cartons secrets sous le numéro 277), l’ancien acteur d’Hollywood sort le grand jeu et brosse le Roi du Maroc dans le sens du poil. Après avoir rappelé que la Navy ne laissera personne toucher à ses bateaux, Ronnie glisse une petite requête de fin de banquet : en ce mois de Ramadan, que sa Majesté veuille bien lancer des prières collectives pour que les belligérants s’appliquent la sainte résolution de l’ONU. Alléluia.
L’histoire officielle ne dit pas si ce sont les incantations marocaines ou les missiles irakiens qui ont fait plier Khomeini trois mois plus tard, mais le timing est impeccable.
Le bonus de l’arroseur : Pour remercier son cher grand ami américain, le Maroc passera le reste de l’année à tenter de lui expliquer que les usines chimiques du colonel Kadhafi en Libye n’étaient que de bêtes laboratoires civils. On a les copains qu’on peut.