
C’est un geste d’une infinie tendresse qui vient de réchauffer le cœur de nos pauvres parlementaires en devenir. Sensible à la détresse de nos grandes fortunes nationales, toujours menacées par la faillite à l’approche des urnes, le gouvernement vient de débloquer une modeste obole de 450 millions de dirhams,pardon, 45 milliards de nos chers centimes, pour financer la campagne électorale de la Chambre des représentants.
Rabat – Al Ousboue
Il faudrait être un monstre sans cœur pour ne pas applaudir. Pensez donc à ces malheureux notables, entrepreneurs héroïques et barons de la politique locale, obligés de mendier un siège de député ! Heureusement, l’exécutif veille au grain (public) : grâce à la générosité légendaire du contribuable, ces messieurs vont pouvoir s’offrir un abonnement tout confort sur les bancs de l’Hémicycle sans risquer de corner les pages de leur propre carnet de chèques. Le risque financier ? Pour le peuple ! Le prestige et l’immunité ? Pour les barons ! C’est cela, la juste répartition des tâches.
Quelques esprits chagrins, sans doute des idéalistes égarés à l’ère du numérique, ont osé murmurer que ces millions auraient été plus utiles ailleurs. Ils ont même dressé une liste de courses d’une vulgarité sans nom : acheminer l’eau potable dans les régions assoiffées, désenclaver les douars oubliés, construire deux ou trois hôpitaux régionaux, ou, comble de l’excentricité, soutenir l’emploi des jeunes dans les PME.
Mais voyons, un peu de sérieux ! À quoi bon soigner les vivants ou leur donner à boire, quand on peut financer de magnifiques affiches électorales en papier glacé avec la tête de nos milliardaires préférés ? Priorité aux vraies urgences : au Maroc, on n’a peut-être pas toujours de l’eau dans le robinet, mais on aura des députés sponsorisés par l’État. Et ça, ça n’a pas de prix. Surtout pour ceux qui ne paient pas la facture.



