
MOHAMMEDIA – Al Ousboue
À Mohammedia, le parfum des fleurs laisse place à l’odeur de polémique. La ville, jadis fière de ses jardins et de ses massifs colorés, semble désormais se convertir à la monoculture du palmier. Une transition végétale qui ne passe pas inaperçue, surtout quand elle s’accompagne d’une réduction drastique des espaces verts et d’une hausse des températures… urbaines et politiques.
À la tête de cette opération chlorophyllienne, Hicham Aït Menna, président du conseil communal et du Wydad de Casablanca, qui semble vouloir faire pousser les palmiers aussi vite que les espoirs de ses supporters. Mais dans les rangs de l’opposition, on ne voit pas les choses du même œil. Abdelghani Raqi, conseiller de la Fédération de la gauche, réclame l’arrêt immédiat de cette “palmiérisation” qu’il juge aussi esthétique qu’écologiquement discutable.
Selon lui, il existe des alternatives plus adaptées au climat local : eucalyptus, chênes, jujubiers, oliviers… bref, des arbres qui font de l’ombre sans faire polémique. Car les palmiers, eux, sont accusés de pomper les nappes phréatiques sans offrir de véritable couverture végétale. Un peu comme certains projets municipaux : coûteux, visibles, mais peu utiles.
Les jardins publics, eux, ont pris un coup de vieux. Mal entretenus, parfois abandonnés, ils servent désormais de refuge aux sans-abri et aux marginaux, pendant que les citoyens cherchent désespérément un banc à l’ombre ou un coin de verdure qui ne soit pas en friche.
L’Association nationale de défense des droits humains s’en mêle, dénonçant une “atteinte grave à l’environnement”. Dans une ville industrielle comme Mohammedia, où la pollution ne se contente pas d’être atmosphérique, planter des arbres capables d’absorber les particules fines relève du bon sens… ou du bon goût, selon les sensibilités.
Sur les réseaux sociaux, les slogans fleurissent plus vite que les pétunias. Les internautes réclament le retour des feuillages denses, des essences locales, et d’une vision écologique qui ne confonde pas aménagement urbain et décoration tropicale.
Pour beaucoup, Mohammedia ne se transforme pas : elle se dénature. Et si la ville des fleurs devient un désert de palmiers, ce n’est pas seulement une question de paysage — c’est une affaire de politique, de climat… et de mémoire collective.



