
Ouf ! Sortez les cotillons et rangez les bicyclettes. Dès ce 1er juin à minuit, les magnats du pétrole marocain ont décidé de faire preuve d’une immense, d’une infinie bonté : le litre de gasoil baisse de 53 centimes. On imagine déjà les automobilistes, émus aux larmes, remerciant chaleureusement leurs bienfaiteurs à la pompe pour cette ristourne historique qui va changer le cours de leur existence.
Rabat– Al Ousboue
Pour l’essence, en revanche, circulez, il n’y a rien à voir. Elle reste scotchée à ses somptueux 14,90 dirhams le litre. Il ne faudrait pas non plus gâcher le plaisir des amateurs de super qui ont encore en bouche le délicieux goût de la hausse de 50 centimes du 16 mai dernier.
C’est le grand ballet bimensuel de la baisse-qui-monte et de la hausse-qui-descend :
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Le 16 mai : On assomme l’essence (+50 centimes), on épargne le gasoil.
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Le 1er juin : On caresse le gasoil (-53 centimes), on fige l’essence.
Derrière ce grand numéro de claquettes, le Conseil de la concurrence commence pourtant à s’agacer et joue les trouble-fête. Le régulateur, dans sa grande naïveté, s’est rendu compte d’une légère anomalie : comment se fait-il que tous les distributeurs, pourtant farouches concurrents sur le papier, décident exactement le même jour, à la même heure, de baisser leurs prix du même montant ? Un télépathe national aurait-il frappé ?
« Point de magie, juste une douce habitude collective », murmure-t-on dans les couloirs du Conseil.
Le gendarme de la concurrence supplie donc les pétroliers d’arrêter leurs réunions bimensuelles pour fixer les prix, et les invite à faire l’effort d’inventer leurs propres tarifs, comme des grands. L’idée un peu folle serait que les prix reflètent la vraie concurrence, et non un accord de gentlemen bien synchronisé.
En attendant ce jour béni où chaque station affichera un prix différent, les automobilistes sont invités à savourer leurs 53 centimes de dirham. Ne les dépensez pas tous en même temps !



