
C’est un miracle économique qui aurait fait pleurer de joie Karl Marx : au Maroc, des dizaines de grands directeurs et de hauts cadres dirigeants d’entreprises vivaient, jusqu’ici, avec la touchante modestie du salaire minimum. Un dévouement absolu au capitalisme de proximité qui consistait à rouler en berline de fonction allemande tout en émergeant officiellement au SMIG.
Rabat – Al Ousboue
Malheureusement pour ces grands ascètes de la fiche de paie, la Direction générale des impôts (DGI) a décidé de gâcher la beauté du geste. Les fins limiers du fisc viennent de siffler la fin de la récréation, et du cache-cache fiscal, en annonçant un serrage de vis en règle contre la sous-déclaration des salaires.
Le grand loto du recoupement
Pour fêter le 1er juillet prochain, l’administration fiscale s’est offerte un tout nouveau jouet : une base de données flambant neuve qui va croiser, en toute indiscrétion, les déclarations de revenus, les fichiers de la sécurité sociale (CNSS), le cadastre des propriétés bien dotées et, cerise sur le gâteau, les mouvements de comptes bancaires. Bref, le genre de transparence totale qui donne instantanément des sueurs froides aux comptables les plus créatifs.
Fini l’art de déclarer des clopinettes au fisc tout en alimentant des comptes en banque bien garnis. Désormais, l’administration exige de la « cohérence ». Un gros mot.
87 entreprises prises la main dans le sac (de luxe)
Les brigades de contrôle n’ont pas chômé et tiennent déjà leur première liste de « premiers de cordée » à inspecter : 87 entreprises de la place ont été épinglées. Leurs bilans comptables, véritables chefs-d’œuvre de fiction littéraire, laissaient apparaître des anomalies tellement grosses qu’elles ont fini par réveiller les contrôleurs.
Les inspecteurs sont donc en train de plonger le nez dans les comptes de ces sociétés pour comprendre par quel prodige managérial un directeur général peut piloter des millions de chiffre d’affaires tout en touchant le salaire d’un stagiaire en fin d’études. Une enquête approfondie qui s’annonce passionnante, mais qui risque de coûter très cher en rattrapages à ces patrons visiblement trop modestes pour être honnêtes.



