SOCIÉTÉ QUI CLOCHE

Plateforme « Chikaya Santé » : Le ministère de la Santé invente la boîte aux lettres sans réponses !

4 200 plaintes en un mois et demi : À quoi joue notre cher ministre ?

C’est le grand succès de la saison au ministère de la Santé et de la Protection sociale : la toute nouvelle plateforme numérique « Chikaya santé » (Réclamation Santé) fait un tabac. En à peine un mois et demi, pas moins de 4 200 doléances ont atterri sur le bureau du ministre, Amine Tahraoui. Un triomphe ! À ce rythme, le ministère ne soigne plus, il collectionne.

Rabat– Al Ousboue

Heureusement, l’Administration veille. On nous jure en haut lieu que 3 000 dossiers ont déjà été « traités ». Comprendre : ils ont été lus, ou au moins cliqués. Le ministre l’assure d’ailleurs avec le sérieux qui s’impose : ses équipes « s’activent pour régulariser ». On respire. Reste une question subsidiaire, qui taraude les esprits chagrins : de quoi se plaignent donc ces milliers de rabat-joie ? De la qualité des soins ? Des rendez-vous fixés à la prochaine décennie ? Des pharmacies hospitalières plus vides que les caisses du ministère ? Mystère. Mais l’essentiel est sauf : le thermomètre fonctionne, même si le patient se plaint.

Selon des sources bien informées (et un brin lucides), le palmarès de la grogne ne surprendra personne. En tête d’affiche : le parcours du combattant pour décrocher un rendez-vous, l’accès aux soins digne d’un jeu de piste, la pénurie de paracétamol et l’accueil façon « porte de prison » dans les établissements publics. Les grands gagnants de ce grand concours de la réclamation sont, sans surprise, les CHU et les hôpitaux provinciaux, qui ont le tort d’accueillir des malades alors qu’ils n’ont visiblement pas le personnel pour.

Fait savoureux : le ministère se garde bien de publier la cartographie de ce grand déballage national. Pas question de froisser les barons locaux ou de révéler quelles villes détiennent le record du désastre sanitaire. Le traitement des dossiers, lui, relève du miracle bureaucratique : on répond à l’usager mécontent par une mesurette éphémère. Hop, un problème de réglé !

Une magnifique politique du doudou qui console le plaignant du jour, sans jamais toucher au nœud du problème. C’est l’avantage du système : le bug structurel reste intact, garantissant ainsi au ministère que les citoyens suivants VIP (Veuillez Insister Profondément) devront à leur tour envoyer la même plainte, pour le même problème, dans le même vide numérique. Elle est pas belle, la transition digitale ?

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