
Heureuse nouvelle pour les amateurs de grands équilibres financiers : le business de la « commission » se porte à merveille de l’autre côté de la Méditerranée. Selon un rapport d’un groupe de trouble-fête baptisé Institut Marocain d’Analyse des Politiques (MIPA), la corruption locale ne pèse que… 50 milliards de dirhams par an. Une broutille représentant entre 3 % et 6 % du PIB. À ce niveau-là, ce n’est plus une fuite de capitaux, c’est une institution d’utilité publique.
Rabat– Al Ousboue
L’art de la sieste législative
Face à ce léger dérèglement financier, on aurait pu imaginer nos vaillants parlementaires en train de s’arracher les cheveux. Pensez-vous ! Au Parlement de Rabat, on sait garder son sang-froid… et ses paupières lourdes. Le rapport note avec une cruelle précision que le sujet passionne les foules dans la rue, mais beaucoup moins sous l’hémicycle.
Sur les 515 élus que compte le royaume, ils sont à peine 70 députés à s’intéresser à la question. Les 445 autres sont sans doute trop occupés à vérifier la température de la climatisation ou le bon versement de leurs propres indemnités.
Le cumul, c’est la fortune
Il faut dire que le gouvernement montre l’exemple. Le rapport souligne, avec une délicieuse pudeur, que la situation s’est « aggravée » ces dernières années grâce à un concept très tendance : le cumul entre pouvoir et fortune. Pourquoi choisir entre faire la loi et faire fortune quand on peut faire les deux en même temps, de préférence au niveau gouvernemental ? C’est ce qu’on appelle optimiser les circuits courts.
Pour pimenter le tout, l’opposition s’amuse à poser des questions embarrassantes à la majorité sur des marchés publics « suspects ». Tout y passe : le dessalement de l’eau, les carburants, et même l’oxygène ! Preuve que là-bas, même pour respirer ou boire un verre d’eau, il faut d’abord savoir se montrer généreux avec les intermédiaires.
Bref, tout va bien à Rabat : l’argent circule, surtout dans les bonnes poches.



