RÉGIONS QUI RÂLENT

Rabat | le grand blocage des fonctionnaires

L’urbanisme à Rabat est-il devenu un sport extrême réservé aux architectes d'élite ?

Miracle à Rabat ! Grâce aux fastes des grands projets royaux, notre fière capitale a fièrement enfilé son costume de métropole mondiale. C’est beau, ça brille, et ça donne presque le vertige. Mais rassurez-vous, pour éviter que les citoyens ne s’envolent trop haut dans les nuages de la modernité, les valeureux services communaux de l’urbanisme ont trouvé la parade : le grand retour à la terre ferme… par le vide.

Rabat– Bouchaïb El Idrissi

Entrez donc dans le temple du « Guichet Unique », ce formidable concept qui, comme son nom l’indique, réussit la prouesse unique de ne régler aucun problème.

L’architecte propose, le bureaucrate dispose

Prenez un ingénieur-architecte. Le pauvre s’est sur les bancs des facultés, arbore de prestigieux diplômes et bénéficie même de l’onction de l’Ordre National. Autant d’atouts maîtres pour… se faire promptement recalibrer par la machine administrative. Ses plans ? Bringuebalés de bureau en bureau avec la régularité d’un métronome rouillé. Le motif de ces lenteurs ? Secret d’État, évidemment.

La formule magique : « Pourquoi faire simple quand on peut faire traîner ? »

Les génies du tampon

Il faut dire que le corps enseignant de cette grande école du blocage a de sacrées références. Pour juger de la finesse d’une travée ou de la viabilité d’un grand projet, la commune a eu le nez creux : elle fait confiance à des élus et des vice-présidents locaux dont le lien avec l’architecture se résume, au mieux, à savoir empiler des briques de Lego.

Mais qu’importe l’incompétence technique, pourvu qu’on ait le stylo ! Armés de leur précieuse délégation de signature politique, décrochée par de savants ralliements de couloirs, ces esthètes du paraphe ont transformé l’urbanisme en un parcours du combattant.

Pendant que les architectes attendent une homologation ou un document administratif, les investisseurs s’arrachent les cheveux et les habitants attendent. Mais consolons-nous : à défaut de bâtir des immeubles, nos édiles excellent dans l’art de construire des usines à gaz administrative. Et ça, c’est de l’art contemporain.

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