RÉGIONS QUI RÂLENT

Tétouan | Béton, vue panoramique et abandon administratif

L'urbanisme sauvage est-il devenu la seule politique officielle de la ville ?

C’est le dernier cri de l’urbanisme d’affichage. Prenez une montagne (le mont Dersa), étalez-y un ruban de bitume de 14 kilomètres baptisé « la Ceinture Verte », et admirez le chef-d’œuvre. Officiellement, cette merveille devait offrir aux promeneurs un panorama imprenable sur Tétouan tout en jouant les garde-fous contre l’habitat clandestin, ce vilain champignon de briques qui grimpe à l’assaut des sommets. Bilan de l’opération ? Le panorama est superbe, surtout si l’on aime le gris ciment, mais pour ce qui est de stopper le béton sauvage, on repassera.

Tetouan – El Bouhati

Sur les flancs de la montagne, le miracle de la planification n’a pas eu lieu. Des quartiers entiers s’épanouissent dans une joyeuse anarchie, totalement invisibles pour les radars de l’administration. Pas de recensement, pas de plan de masse, pas d’électricité : le néant administratif dans toute sa splendeur. Les urbanistes locaux ont inventé le concept de « l’urbanisme spontané », comprenez sans routes, sans égouts et sans avenir.

L’ambulance attendra en bas

Pour les autochtones, la vie quotidienne s’apparente à un parcours du combattant ou à un stage de survie en milieu hostile. Dans certains coins, les « avenues » sont si étroites qu’il faut s’y croiser de profil en rentrant le ventre. Une diététique forcée fort utile en cas de pépin : si votre maison prend feu ou que votre cœur flanche, grand bien vous fasse ! Les camions de pompiers et les ambulances ont le gabarit d’un bulldozer, pas d’une chèvre de montagne. Résultat, en cas d’urgence, on ressort les bonnes vieilles méthodes médiévales : le seau d’eau, la civière de fortune et la bonne foi. C’est cela, le charme de l’authentique.

Le grand bleu… de briques et de broc

Cette situation ubuesque pose évidemment une question cruciale : à quoi servent les commissions, les rapports et les budgets de régulation urbaine ? Probablement à alimenter les armoires de la municipalité. Car pendant que les rapports s’empilent, les habitants, eux, attendent toujours d’être officiellement « intégrés » à la ville, une formalité administrative qui leur permettrait, luxe suprême, de vivre dignement.

Depuis les hauteurs de cette fameuse Ceinture Verte, la vue est imprenable sur la réalité. Des centaines de bâtisses en briques nues et ciment brut se dressent fièrement face au soleil, comme pour rappeler aux autorités que les promesses électorales n’ont pas encore été crépies. Si la mairie cherche une idée de « vision globale » pour sauver l’esthétique de la ville et les droits des citoyens, elle pourrait commencer par acheter des truelles. Ou des hélicoptères ambulances.

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