
C’est le grand retour du marronnier estival : l’opération « Marhaba » est lancée ! Le gouvernement a sorti le grand jeu, les grands sourires et les grands centres d’accueil pour recevoir nos chers « Marocains résidant à l’étranger » (MRE). Un accueil chaleureux, mâtiné d’une tendre philosophie locale que l’on pourrait résumer par un très officiel : « Bienvenue à ceux qui viennent… et surtout à ce qu’ils apportent».
Rabat – Al Ousboue
SOS Jeunesse : Le grand fossé
Il faut dire que cette année, l’émotion est double. Le retour de la diaspora ne coïncide pas seulement avec la saison des grillades, mais aussi avec l’approche des élections législatives. De quoi relancer le grand débat théâtral sur la « participation politique » et « l’intégration démocratique » de nos expatriés. Un sujet crucial, sur lequel tout le monde s’accorde à dire qu’il ne se passera rien.
Pour les pionniers de l’exil (générations 1 et 2), le retour au bled est un pèlerinage sacré entre nostalgie de la terre natale et retrouvailles familiales. Pour les générations 3 et 4, en revanche, le bled ressemble surtout à un concept abstrait. Élevés à la culture occidentale, ces jeunes générations n’ont pas vraiment le cœur qui vibre pour les discours officiels. La faute à qui ? Sûrement pas à nos ministères, qui brillent par l’absence totale de programmes d’encadrement. À force de regarder la jeunesse de loin, celle-ci finit par ne plus regarder du tout.
Élections : Chassez le naturel, il revient au galop (fortuné)
La diaspora, naïve, rêve de faire de ce scrutin une tribune pour défendre ses droits. Elle s’imagine déjà sur les listes électorales, voire en tête d’affiche ou sous une bannière indépendante. Douce illusion !
C’est oublier un détail logistique : la distribution des investitures par nos chers partis politiques. En coulisses, l’heure est plutôt au pugilat pour distribuer les précieux sésames. Et à ce jeu-là, on préfère l’efficacité locale. Les états-majors courtisent activement les « notables » du coin et les barons électoraux, ces professionnels de la politique locale capables de ratisser des voix et de garantir un siège. Les MRE attendront : on ne mélange pas les sentiments et le business parlementaire.
Investissements : Le parcours du combattant (option labyrinthe)
Pour les plus téméraires qui voudraient troquer l’immobilier pour l’industrie, le voyage se corse. Des jeunes d’Europe ou d’Amérique arrivent des idées plein la tête, prêts à monter des PME ou des usines dans leurs régions d’origine. C’est là qu’intervient le redoutable comité d’accueil des Centres Régionaux d’Investissement (CRI).
Au programme des réjouissances :
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Une bureaucratie digne du XIXe siècle.
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Une collection de formulaires à remplir en triple exemplaire.
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Une numérisation tellement lente qu’elle donne l’impression de fonctionner au charbon.
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Des veto administratifs aux motifs aussi limpides qu’un jour de brouillard.
Résultat : après avoir épuisé leurs nerfs et leurs économies en timbres fiscaux, les candidats à l’investissement plient bagage, édifiés par cette formidable incitation à entreprendre.
La planche à billets de la diaspora
Tout n’est pas perdu pour tout le monde. L’Office des changes veille au grain et sourit : fin avril, la diaspora avait déjà envoyé la bagatelle de 40 milliards de dirhams. Une manne céleste en devises sonnantes et trébuchantes. Évidemment, la majeure partie de ce pactole sert à faire bouillir la marmite des familles restées sur place ou à acheter un énième appartement. Pour ce qui est de l’investissement industriel et de la relance économique, on repassera. C’est bien connu : pour moderniser les procédures, il faudrait d’abord réformer la machine. Et ça, ce n’est pas au programme de l’été.



