RÉGIONS QUI RÂLENT

Haut Atlas | Marche protestataire à Imilchil pour réclamer le désenclavement et les services de base

Le gouvernement considère-t-il le Maroc profond ?

C’est une bien belle procession qu’ont offerte les habitants du douar Timli (province de Midelt). Point de pèlerinage folklorique cette fois, mais une marche de protestation pour réclamer un luxe digne du XXIe siècle : des routes et du réseau.

Rabat– Al Ousboue

Partis de leur charmant village pour rallier le centre d’Imilchil, les manifestants ont eu le front de réclamer la réfection de la « piste » (appelons-la ainsi par politesse) qui les relie à Tounfite. Il faut dire que la nature fait bien les choses : en hiver, la neige et la boue transforment l’axe en station de ski sans remontées ; en été, les éboulis de pierres offrent un parcours de trial gratuit pour les commerçants locaux. De quoi stimuler l’esprit d’aventure, au grand dam des malades et des administrés qui s’obstinent à vouloir rejoindre la civilisation.

Mais le romantisme pastoral ne s’arrête pas là. Les protestataires, visiblement gâtés par la modernité, réclament aussi du réseau mobile et de l’Internet. Pouvoir appeler ses proches ? Quelle idée de citadin stressé ! Dans leur liste de doléances, d’un classicisme désolant, on trouve également :

  • L’eau potable : coupée si souvent que les habitants ont le temps de méditer sur sa préciosité.

  • L’électricité : un concept encore très abstrait pour de nombreux foyers locaux, qui ont pourtant le privilège de tester la résistance humaine face aux rigueurs du climat montagnard.

  • La santé de proximité : les hôpitaux sont si loin et les ambulances si inexistantes que l’accouchement ou la grippe y prennent des allures de roulette russe.

Quant aux enfants de la commune, ils bénéficient d’un programme d’endurance physique obligatoire. Faute de bus scolaires, les kilomètres à pied pour aller en classe favorisent grandement… le décrochage scolaire. Une méthode radicale pour régler le problème des classes surchargées.

La Coalition civile pour la montagne, ces éternels rabat-joie, est venue gâcher la fête en évoquant la « précarité », le « manque d’infrastructures » et l’absence de « justice spatiale ». Le collectif rappelle, avec un sens aigu du timing, que la jeunesse locale avait déjà tiré la sonnette d’alarme lors de multiples réunions.

En résumé : des routes défoncées, un réseau aux abonnés absents, un chômage galopant et aucun horizon économique pour retenir les jeunes au pays. Mais consolez-vous, messieurs les ministres : tant qu’il n’y a pas de réseau à Imilchil, leurs appels au secours ne risquent pas de saturer vos standards.

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