POLITIQUE & CUISINAGES

Politique de la terre brûlée : La guerre fratricide qui secoue le gouvernement Akhannouch

La méthode de la "terre brûlée" fonctionne-t-elle si l'on finit par s'auto-carboniser ?

C’est le grand ménage de printemps avant l’heure au gouvernement Akhannouch. Notre Chef de l’Exécutif, grand manager devant l’Éternel et magnat des hydrocarbures à ses heures perdues, a décidé d’appliquer à son équipe les bonnes vieilles méthodes de la restructuration d’entreprise : on coupe les têtes qui dépassent et on remplace le personnel qualifié par des cadres maison, de préférence formés à l’école de la fidélité absolue.

Rabat– Al Ousboue

On appelle ça la stratégie de la « terre brûlée ». En d’autres termes : après moi, le déluge, ou du moins, après moi, plus personne !

Chaises musicales et bave aux lèvres

Il fut un temps fort lointain où le dialogue social filait le parfait amour. Les syndicats s’apprêtaient à signer un chèque en blanc au gouvernement. Patatras ! En vingt-quatre heures, revirement à 180 degrés. Une grande centrale syndicale déchire l’accord. En coulisses, on murmure qu’un ténor de la majorité aurait lui-même soufflé sur les braises pour faire capoter le dossier. Le but ? Humilier le ministre de tutelle.

Pour asseoir son autorité, Aziz Akhannouch a donc sorti la sulfateuse à « compétences » :

  • Chakib Benmoussa (Éducation) : Débarqué. Son tort ? Avoir présidé la Commission du Modèle de développement et être perçu comme un rival un peu trop présidentiable pour les prochaines élections. Pour le remplacer, on a déniché Mohamed Saad Berrada, dont la principale qualité, outre sa loyauté, semble être une maîtrise très toute personnelle de la langue arabe. Un choix audacieux pour l’Enseignement public.

  • Khalid Aït Taleb (Santé) : Remercié malgré sa gestion de la Covid-19. Il cède sa place à Amine Tahraoui, un pur produit du groupe privé Aksal (la holding familiale du patron). Le service public de la santé géré comme un centre commercial, voilà le vrai progrès.

  • Ahmed Bouari (Agriculture) : Propulsé ministre dans le jardin secret d’Akhannouch, pour remplacer un Ahmed Seddiki évaporé dans la nature sans laisser d’adresse ni d’explication.

  • Le cas Istiqlal : Au ministère de la Solidarité, Naima Benyahia remplace Aawatif Hayar, mais on lui colle dans les pattes un ministre sans portefeuille, Abdeljabar Rachidi, dont les compétences sont tellement congelées par sa propre collègue qu’on cherche encore à quoi il sert ?

Tout haut fonctionnaire qui oublie de courber l’échine devant la Primature est prié de ranger ses cartons dans les plus brefs délais.

Le « Roc » de l’Intérieur et le « Monsieur Budget » du Football

Malheureusement pour le grand timonier de la Primature, la méthode du vide sanitaire se heurte à un os. Ou plutôt à deux morceaux de granit estampillés « Souveraineté » : Abdelouafi Laftit (Intérieur) et Fouzi Lekjaa (Budget). Ces deux-là ne dépendent pas des humeurs d’Aziz, mais bénéficient d’un parachute royal haute altitude.

La guerre entre Akhannouch et Laftit est tellement cordiale que lors d’une récente audience royale avortée pour cause de bug procédural entre l’Intérieur et la Primature, les ministres en grands costumes traditionnels (selhams) ont dû faire demi-tour sur le tarmac. Un grand moment de solitude pour la haute couture marocaine.

Mieux encore, lors du dernier Conseil des ministres présidé par le Roi Mohammed VI, Laftit a carrément bypassé la Primature en engageant direct l’État sur 210 milliards de dirhams sur huit ans pour le développement territorial. Deux mandats budgétés sous le nez d’Akhannouch, renvoyé à ses chères études économiques. Pendant ce temps, Fouzi Lekjaa dribble la Primature avec la diplomatie du ballon rond et s’impose déjà comme le futur joker de la politique nationale.

Crise de nerfs à la Diète (Parlementaire)

Acculé, fatigué, notre Chef de gouvernement commence à montrer de sérieux signes de nervosité. Au Parlement, face aux piques d’Abdellah Bouanou (PJD), notre cher premier ministre a fini par lâcher les chevaux et, surtout, le morceau :

« Dites-nous qui vous murmure à l’oreille que j’ai rencontré des agriculteurs… Ne nous dites pas que c’est le ministère de l’Intérieur. Les hauts responsables savent très bien qui vous instrumentalise. »

Accuser à demi-mot le ministère de l’Intérieur d’instrumentaliser l’opposition et de truquer les humeurs électorales, il fallait oser. C’est ce qu’on appelle franchir la ligne rouge avec les deux pieds sur l’accélérateur.

Pour les observateurs, cette guerre se joue aussi par procuration via les sorties de Mohamed Aujjar, qui dénonce la « bureaucratie de l’État profond » et les walis qui contrôlent 90% des budgets. Bref, quand le navire tangue, on tape sur les flics. Reste à savoir si la politique de la terre brûlée du 1er Ministre ne va pas finir par calciner ses propres ambitions. En attendant, à la Primature, on conseille de garder les extincteurs à portée de main.

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