
Depuis que Chakib Benmoussa a troqué les tableaux noirs de l’Éducation nationale contre les tableurs du HCP, l’institution semble avoir adopté une nouvelle pédagogie : celle du chiffre qui rassure, du graphique qui sourit, et du rapport qui dit tout… sans rien dire.
RABAT – Al Ousboue
Les publications récentes du HCP ressemblent à des bulletins scolaires rédigés par un prof indulgent : “baisse de la pauvreté”, “recul de l’analphabétisme”, “inflation maîtrisée” — bref, le Maroc va bien, surtout sur Excel. Mais dans les annexes, loin des titres en gras, on découvre un autre décor : coût de la vie en ascension libre, disparités territoriales façon fracture géologique, et tensions sociales en mode silencieux.
Sous Benmoussa, le HCP ne tranche plus, il nuance. Il ne critique pas, il suggère. Il ne dérange pas, il accompagne. Une neutralité si bien dosée qu’elle ferait rougir un arbitre suisse. On parle désormais de “diplomatie statistique” : un art subtil qui consiste à glisser les alertes entre deux courbes ascendantes, et à valider les réussites sans jamais demander comment elles ont été calculées.
Le HCP devient ainsi le miroir sans tain du gouvernement : il reflète ce qu’on veut voir, tout en laissant deviner ce qu’on préfère ignorer. Et pendant que les chiffres s’alignent, le débat public, lui, se dilue dans les marges.



