SOCIÉTÉ QUI CLOCHE

La religion transformée en outil de communication circonstanciel

La foi est-elle devenue à géométrie variable selon le score ?

Le paradoxe est criant. À l’occasion du sacre de l’équipe nationale U20, le ministère des Habous et des Affaires islamiques s’est empressé de publier un communiqué enrobé de versets coraniques sur « l’éloge de l’effort et de l’excellence ».

RABAT – Al Ousboue

L’exploit sportif devient ainsi la preuve vivante de la promesse divine : « Nous ne laissons pas perdre la récompense de celui qui excelle dans son œuvre » (Sourate Al-Kahf, v.30). Mais là où le bât blesse, c’est dans le silence assourdissant de la même institution face aux échecs répétés de la gestion publique.

Quand il s’agit de corruption, de mauvaise gouvernance ou d’incompétence notoire, plus aucune référence aux versets du châtiment, de la reddition des comptes ou de la responsabilité devant Dieu et les hommes. Deux poids, deux mesures. Pour les victoires sportives : versets d’encouragement, discours triomphalistes, spiritualisation de la réussite. Pour les fiascos administratifs : mutisme, absence de rappel à l’ordre, effacement du registre religieux. Cette sélectivité dans l’usage du texte sacré nourrit un malaise : la religion devient un outil de communication circonstanciel, plutôt qu’un cadre éthique global. Le citoyen, lui, constate que les sermons officiels savent louer les champions, mais oublient de sermonner les responsables défaillants.

Conclusion: Au ministère des Habous, les versets semblent avoir deux tiroirs : celui des louanges pour les footballeurs, et celui – soigneusement verrouillé – des avertissements pour les décideurs. Le problème, c’est que le peuple, lui, connaît les deux.

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