
C’est ce qui s’appelle avoir l’esprit de famille. Après avoir joyeusement converti les couloirs des ministères et les directions des institutions publiques en annexes de leurs sièges de partis, les compères de la majorité gouvernementale s’apprêtent à graver leur générosité dans le marbre de la loi. L’heure est venue de faire voter le projet de loi organique 02.12 sur les nominations aux hautes fonctions.
Rabat – Al Ousboue
Évidemment, pour emballer la marchandise, nos ministres ont sorti le grand jeu lexical : on nous parle de « gouvernance » (le mot magique qui ne mange pas de pain) et de « modernisation de la gestion publique ». On en pleurerait presque d’admiration.
Un débat public… entre soi
Soucieux d’ouvrir le débat au « grand public », mais surtout à celui qui est d’accord avec lui, l’exécutif a magistralement court-circuité les syndicats, la société civile et l’opposition. Pourquoi s’embêter à écouter les rabat-joie quand on peut toiletter les textes en douce ? Le gouvernement a donc concocté de petits amendements cousus main, permettant d’inclure certaines institutions dans la cagnotte et, surtout, d’en soustraire d’autres aux fâcheux contrôles de reddition de comptes. Bref, on protège les copains, et on installe confortablement les protégés du parti. Elle est pas belle, la vie de château ?
Cosmétique de haut vol
Pourtant, un rapport parlementaire un brin naïf est venu rappeler que, de 2012 à 2026, il serait peut-être temps d’évaluer le système. Réponse de nos artistes du décret : un coup de pinceau purement cosmétique ! On ajoute une couche de vernis sur de nouvelles structures hautement stratégiques pour le placement des proches, comme l’Agence nationale de protection de l’enfance ou la Fondation Mohammed VI pour les œuvres sociales des fonctionnaires de la justice.
La question qui fâche : Tandis que les députés de l’opposition se demandent en vain si ce texte de 2012 est encore compatible avec le droit de grève ou la gestion financière, une interrogation plus cruelle s’impose : quel est le bilan de cette armée de hauts responsables parachutés depuis cinq ans ?
À part leur valeur ajoutée sur leurs propres bulletins de paie, la haute administration marocaine cherche encore ce qu’ils ont apporté au pays. Mais qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait le poste !



