
À l’Agence nationale de soutien social, tout va bien. Enfin, sur PowerPoint. Réuni sous la présidence d’Aziz Akhannouch, le conseil d’administration a validé conventions, mécanismes innovants et dispositifs de suivi dernier cri. Les indicateurs frétillent, les tableaux de bord scintillent, et les communiqués respirent la performance.
Sur le terrain, en revanche, des dizaines de milliers de personnes ont mystérieusement disparu des listes de bénéficiaires. Sans doute un effet secondaire de la modernisation..
RABAT – Al Ousboue
À la tête de l’agence, Wafaa Jamali, directrice réputée proche du parti du chef du gouvernement, incarne cette nouvelle génération de gestionnaires capables d’optimiser… jusqu’à faire disparaître les ayants droit. Durant son mandat, des milliers de citoyens ont été privés d’aide, mais l’essentiel est ailleurs : le mécanisme, lui, fonctionne. C’est déjà ça.
Car à défaut de préserver les bénéficiaires, l’agence a su préserver les procédures. Un nouveau plan de suivi mesure désormais les performances du programme. On ignore si l’exclusion massive entre dans les indicateurs, mais le reporting, lui, se porte à merveille.
Pendant que les dossiers s’empilent et que les recours s’évaporent, la grande réforme promise ressemble à une partie de chaises musicales où les sièges manquent, surtout pour les plus fragiles : personnes âgées en foyer, locataires précaires, personnes en situation de handicap. Eux attendent toujours que l’« élargissement de la base » cesse de rimer avec rétrécissement de la liste.
La question n’est donc plus de savoir combien de conventions ont été signées, mais combien de citoyens ont été rayés en silence. Dans cette agence, on soutient beaucoup… le système. Pour le reste, il faudra patienter jusqu’au prochain mécanisme.



