Après des années passées dans le congélateur institutionnel, le Médiateur du Royaume ressort enfin du placard. Le chef du gouvernement a même pris sa plus belle plume pour rappeler aux ministres qu’il existe. Une circulaire solennelle, adressée à tout le gratin, pour leur dire : “Parlez-lui, écoutez-le, faites semblant d’y croire.”
RABAT – Al Ousboue
Sous Mohamed Benalilou, l’institution avait pourtant multiplié les rapports au vitriol : bureaucratie kafkaïenne, services publics en mode escargot, administration sourde aux citoyens. Mais jusque-là, ses recommandations avaient eu le même destin que les doléances des usagers : direction la corbeille.
Aujourd’hui, on promet une “gouvernance participative”, une meilleure écoute des plaintes, une administration réactive. Bref, un monde merveilleux où les citoyens ne seraient plus condamnés à courir un marathon administratif pieds nus. Mais sans mécanismes contraignants, tout cela ressemble surtout à un exercice de style : on redécouvre le Médiateur comme on redécouvre un vieux meuble, on le dépoussière, on le montre aux invités… puis on le remet dans le grenier.
Le chef du gouvernement reconnaît désormais son rôle “crucial”. Traduction : on lui donne des mots, pas des moyens. Résultat probable : les rapports continueront de s’empiler, les tiroirs de se remplir, et les citoyens de tourner en rond dans le labyrinthe administratif.
En clair : le Médiateur est de retour, mais il risque de rester ce qu’il a toujours été — un invité de cérémonie qu’on salue de loin, sans jamais lui donner la clé de la salle des décisions.



