
L’Institut Pasteur, pilier de la santé publique depuis 1929, vient de passer du statut de sentinelle sanitaire à celui de figurant logistique. Le ministère de la Santé, dans un élan de discrétion stratégique, lui a retiré ses autorisations d’importation et de distribution de vaccins. Résultat : les seringues changent de main, mais pas forcément de vocation.
RABAT – Al Ousboue
Désormais, ce sont des opérateurs privés qui s’occupent de la mission. Et pendant que les citoyens s’interrogent sur la traçabilité, les compétences fuient vers l’étranger ou vers des cliniques mieux dotées. L’Institut, lui, voit son rôle scientifique réduit à peau de chagrin, ses ressources fondre comme un stock de vaccins en période de pénurie, et sa mission historique reléguée au rayon “souvenirs d’État”.
Le groupe haraki à la Chambre des représentants a tenté une piqûre de rappel : interpellation du ministre Amine Tahraoui, questions sur les garanties, les critères, et surtout sur le sens de cette opération. Réponse attendue… entre deux audits et trois communiqués.
Car derrière le flou artistique, une logique se dessine : celle d’un désengagement progressif, d’une privatisation silencieuse, où l’intérêt général se fait discret et le marché, bruyant. Le Maroc, en pleine mondialisation sanitaire, semble prêt à troquer sa souveraineté contre une gestion sous-traitée.
L’Institut Pasteur ne disparaît pas, il s’évapore. Et avec lui, une certaine idée de la santé publique.



