
Pendant que le gouvernement exhorte les citoyens à réduire leur consommation d’eau, à éteindre les lumières et à surveiller leurs factures, certaines institutions publiques semblent avoir trouvé une autre priorité : optimiser le confort.
RABAT – Al Ousboue
Les chiffres évoqués par la Cour des comptes donnent le tournis : près de 7 milliards de centimes engagés par 13 établissements et entreprises publiques, notamment pour la location longue durée de véhicules haut de gamme. Officiellement, il s’agit de « réduire les coûts d’entretien et d’achat ». En pratique, la sobriété budgétaire semble avoir choisi l’option cuir chauffant.
Sous la présidence de Zineb El Adoui, les magistrats financiers examinent les appels d’offres : respect des règles de concurrence, ouverture des plis, analyse des offres, traçabilité des décisions. Sur le papier, tout est carré. Dans certains témoignages, la concurrence serait surtout circulaire : les marchés reviendraient régulièrement aux mêmes entreprises privilégiées.
Des entrepreneurs dénoncent des irrégularités, des liens de proximité, une absence de réelle compétition, notamment dans les marchés de sécurité, de nettoyage ou de jardinage. Même les haies décoratives semblent taillées sur mesure.
La question centrale n’est plus seulement celle du confort administratif, mais celle de la cohérence politique. Peut-on exiger des citoyens qu’ils rationalisent chaque goutte d’eau et chaque dirham, tout en laissant prospérer des dépenses discutables dans les établissements publics ?
La Cour des comptes enquête. Les rapports s’empilent. Les procédures sont disséquées. Reste à savoir si, au bout du trajet, la responsabilité suivra la révélation. Car dans ce pays, on ouvre parfois les plis avec rigueur, mais on referme les dossiers avec prudence..
En attendant, le message officiel demeure : éteignez la lumière en sortant. Les phares institutionnels, eux, restent allumés.



