
Il fut un temps où prononcer le mot « kif » suffisait à faire rugir un douanier. Aujourd’hui, c’est devenu un mot magique qui ouvre les portes de l’export, des coopératives, et des marchés européens. Bref : le cannabis marocain est passé du statut de tabou à celui de trésor national, sans même changer de couleur..
RABAT – Al Ousboue
Après des décennies à courir derrière les cultivateurs, l’État a finalement compris qu’il valait mieux courir avec eux. Résultat : la plante maudite est devenue une plante bénie, estampillée « usage médical et industriel », avec certificats, traçabilité et prix garantis. On est loin des sacs en jute et des pistes poussiéreuses : désormais, le kif voyage en costume trois pièces, direction Suisse, Allemagne et France.
Les chiffres donnent presque le tournis : 2,37 milliards de dirhams d’exportations légales, 5 400 agriculteurs en coopératives, 4 751 hectares déclarés, et un prix fixé à 75 dirhams le kilo. Autant dire que le Rif n’a jamais été aussi conforme aux normes européennes.
Les temps ont changé, oui. Avant, l’argent du cannabis était « sale ». Aujourd’hui, il est propre, lavé, repassé, certifié ISO et prêt à l’export. Comme quoi, il suffit parfois d’un tampon administratif pour transformer un « problème national » en « opportunité stratégique ».



