
À Rabat, l’administration se proclame « au service du citoyen ». Mais encore faudrait-il que le citoyen puisse franchir la porte.
Al Ousboue – Bouchaib El Idrissi
Depuis que le ministère de la Fonction publique a été rétrogradé au rang de simple direction, le message semble avoir été mal traduit : pour certains agents, la fonction reste un privilège, pas un devoir. Résultat : un rapport fonctionnaire-usager souvent réduit à une posture glaciale, hautaine, et parfois méprisante — sauf, bien sûr, si l’usager dispose de la fameuse wasta, ce passe-partout national qui ouvre toutes les serrures.
Deux entrées, deux mondes. Le citoyen passe par des couloirs sombres, des guichets délabrés, parfois sans sanitaires. Le fonctionnaire, lui, profite d’entrées réservées, de bureaux climatisés et de véhicules de service. Là où le privé accueille ses clients avec sourire et thé, le public — financé par ces mêmes citoyens — leur sert indifférence et mépris.
Une bureaucratie figée dans le passé. Malgré les réformes annoncées et les ambitions internationales affichées, certains agents continuent de reproduire les schémas d’un autre âge : favoritisme, arrogance, absence de sens du service. Le citoyen reste prisonnier d’un système où l’accès au droit dépend encore trop souvent de l’intercession ou du hasard.
Et les élus ? Issus des mêmes cercles, ils observent en silence. Leur mutisme face à ces dysfonctionnements les rend complices d’un modèle que la jeunesse marocaine rejette de plus en plus. Le temps des droits obligatoires et de la dignité citoyenne est venu — mais le soleil de ces droits promis tarde à se lever.



