
Quand les pluies se sont abattues sur le nord, elles n’ont pas seulement emporté des routes, des murs et des toitures. Elles ont aussi balayé une présence politique déjà fragile. Comme à Chefchaouen, et dans plusieurs de ses douars reculés, les crues ont envahi les maisons, transformé les salons en mares intérieures et laissé des familles entières sans toit, ni parapluie institutionnel..
Al Ousboue – Zouheir El Bohati
Pendant que les habitants écopaient à la bassine, les élus, eux, semblaient pratiquer la nage synchronisée… à distance. Députés, présidents de communes, responsables provinciaux : tous étaient théoriquement attendus sur le terrain. En pratique, ils étaient surtout attendus.
Les jours passent, l’eau se retire, les familles sont relogées tant bien que mal, et certaines zones obtiennent enfin le précieux label administratif de « zone sinistrée », sésame indispensable pour débloquer aides et programmes de reconstruction. Sauf que la province de Chefchaouen, pourtant touchée par des glissements de terrain et l’effondrement de maisons laissant plus de vingt familles sans abri, reste hors classement. Pas assez humide pour entrer dans les cases ?
Puis, miracle météorologique : une fois la décrue amorcée, certains députés sortent de leur silence. Micros tendus, interventions sous la coupole, déclarations indignées : il faut classer Chefchaouen en zone sinistrée ! Le timing, lui, semble avoir pris un léger retard sur la catastrophe.
La séquence interroge : la solidarité politique fonctionne-t-elle en mode différé ? Faut-il attendre que la boue sèche pour réclamer l’urgence ? Sur le terrain, les habitants espéraient des bottes, des visites, des décisions rapides. Ils ont eu des communiqués tardifs et des plaidoyers post-crise.
Au-delà des effets d’annonce, ces inondations rappellent une évidence : la gestion des catastrophes ne se fait pas à la tribune, mais dans la boue. Anticiper, être présent, mobiliser vite. Pas commenter après.
À Chefchaouen, l’eau a laissé des traces. Reste à savoir si la mémoire politique, elle, résistera à la prochaine averse.



