
Au ministère du Transport et de la Logistique, la rationalisation des dépenses semble fonctionner à l’énergie renouvelable : on en parle beaucoup, mais on ne la voit jamais. Dernier exemple en date : l’organisation du troisième « dialogue sur les carburants synthétiques », modeste causerie facturée à 1,95 million de dirhams.
RABAT – Al Ousboue
Pour réfléchir à l’avenir énergétique, rien de tel qu’un hôtel cinq étoiles. Le cahier des charges, digne d’un sommet intergalactique, prévoit salles feutrées pour ministres et invités étrangers, grande salle « prestigieuse » pour les débats, espaces dédiés à la presse, aux cadres, aux médias, à l’écriture…, bref, à peu près tout sauf un coin pour la sobriété budgétaire.
À cela s’ajoutent les indispensables ingrédients d’une réflexion profonde : audiovisuel haut de gamme, production de contenus de communication, plateforme d’enregistrement, sécurité privée, traduction simultanée, accueil personnalisé, hospitalité soignée, orientation millimétrée et, cerise sur le moteur, voitures de luxe pour transporter les participants jusqu’au temple du dialogue. L’énergie est peut-être synthétique, mais le confort, lui, est bien authentique.
On nous parle d’optimisation, de gestion rigoureuse et de maîtrise des deniers publics. Mais à voir l’ampleur du dispositif, on se demande si la seule chose réellement « synthétique » dans cette affaire n’est pas le discours sur la rationalisation.
Enfin, pour discuter de carburants alternatifs, fallait-il vraiment carburer en mode « palace » ? À ce rythme, la transition énergétique risque surtout de devenir une transition vers la salle de réception.
Pendant que les citoyens s’adaptent à la hausse des coûts et aux injonctions à la sobriété, le ministère, lui, expérimente manifestement une autre forme d’innovation : transformer un colloque technique en vitrine protocolaire. Dialogue sur les carburants, certes. Mais côté dépenses, le moteur tourne plein régime.



