
yez, oyez, braves sujets ! Lundi dernier, sous la coupole de la Chambre des représentants, le ministre de la Santé et de la Protection sociale, Amine Tahraoui, est venu distribuer les miracles et les bonnes paroles. Le sujet du jour ? L’AMO (Assurance Maladie Obligatoire), ce joyau de la couronne administrative.
Rabat– Al Ousboue
À en croire Monsieur le ministre, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes hospitaliers : des « millions de Marocains » hier oubliés du système ont enfin décroché le précieux sésame. C’est l’extase statistique !
Mais comme le diable se cache toujours dans les détails du budget, l’enthousiasme ministériel a tout de même dû freiner dans les virages. Car voilà, pour soigner tout ce beau monde, il faudrait un léger détail : des sous et des médecins.
Lucide, ou pris d’un élan de réalisme post-parlementaire, Mr Tahraoui a concédé qu’un tel chantier faisait « naturellement » émerger quelques broutilles. Au hasard : Des caisses qui sonnent un peu creux, les fameux « équilibres financiers ». Ainsi que des hôpitaux parfois plus proches du dispensaire de brousse que de la clinique de pointe.
Qu’à cela ne tienne ! L’exécutif a sorti sa boîte à outils préférée : l’unification des régimes, la gouvernance renforcée et, surtout, la chasse au portefeuille des travailleurs non salariés. Traduction : « S’il vous plaît, cotisez, sinon la machine s’arrête. »
« Le secteur de la santé connaît aujourd’hui une véritable dynamique de réforme », a juré le ministre, sans s’étouffer.
Pour régler les « difficultés accumulées depuis des années » (comprenez : le naufrage de l’hôpital public), la solution est magique : on va construire, moderniser, et surtout… créer des « groupements sanitaires territoriaux ». Un jargon technocratique du plus bel effet qui, à défaut de guérir le patient, permet de renommer les structures pour faire croire que ça bouge.
La formule finale du ministre vaut son pesant de scalpels : l’objectif n’est plus seulement de donner une carte d’assuré à tout le monde, mais de faire en sorte qu’elle serve à quelque chose. Garantir des soins de qualité, voilà le « véritable enjeu ».
On attend donc avec impatience le prochain épisode, où l’on nous expliquera comment soigner 40 millions de personnes avec trois bouts de ficelle et beaucoup de « proactivité ».



