
Dans plusieurs quartiers de Tétouan, les trottoirs se fissurent, les câbles électriques pendent comme des guirlandes mortelles, et les routes ressemblent à des parcours de rallye improvisés. Bref, la ville vit encore à l’heure coloniale espagnole, sauf que les nids-de-poule ne parlent plus castillan.
Tetouan – Zouheir El Bohati
Face à la grogne des habitants, le conseil communal a sorti son arme fatale : un budget 2026 de 1,225 milliard de dirhams, avec un excédent de 67,5 millions promis à des « réformes majeures ». Autrement dit : on va refaire les réseaux électriques, lancer des études topographiques (toujours utiles pour remplir des classeurs), raccorder des quartiers à l’eau et à l’électricité, et surtout rembourser la dette au Fonds d’équipement communal. Bref, un plan de sauvetage sur papier glacé.
Car sur le terrain, rien ne change. Les habitants continuent de marcher dans les trous, et de prier pour que les câbles pendants ne leur tombent pas dessus. Et pour couronner le tout, la gestion de l’eau et de l’électricité est depuis longtemps confiée à Amendis, société privée qui encaisse pendant que la commune s’excuse. Résultat : les citoyens n’ont aucun bouton sur lequel appuyer, sauf celui de la colère.
Alors, réforme sincère ou mise en scène budgétaire ? Dans les cafés de Tétouan, la réponse fuse : « Encore un budget de fin de mandat, maquillé en révolution urbaine ». En clair, une opération cosmétique où l’on repeint les chiffres, mais pas les trottoirs.



