
SAFI – Al Ousbooue
À Safi, le patrimoine ne s’effondre pas d’un coup : il s’effrite, il glisse, il se laisse avaler par l’Atlantique, pierre par pierre, budget après budget. Début septembre, une nouvelle portion du flanc ouest de Ksar el Bahr “Château de la Mer” a décidé de prendre un bain définitif, rejoignant la porte Bab Al-Qous, tombée en avril, dans le grand cimetière marin des monuments oubliés.
Construit au XVIe siècle par les Portugais, classé patrimoine national depuis 1922, le château aurait pu être un joyau. Il est devenu un naufrage. Et pourtant, l’État a bien débloqué 13,5 milliards de centimes pour sa restauration. Mais visiblement, la consolidation s’est arrêtée à la ligne budgétaire.
Les causes sont connues, documentées, répétées : L’érosion marine, dopée par le port construit en 1930, qui a changé les courants comme on change de ministre ; Les vibrations de la voie ferrée, à quatre mètres du monument, qui font trembler les murs plus efficacement qu’un discours patrimonial ; Le manque de maintenance, les interventions bricolées, et une vision patrimoniale aussi durable qu’un château de sable ; Et bien sûr, l’urbanisme industriel, qui a transformé le littoral en zone chimique, sans port dédié mais avec beaucoup de béton.
Depuis 2010, le site est fermé au public. Depuis bien plus longtemps, il semble fermé aux priorités. Les habitants, les associations, les experts tirent la sonnette d’alarme. Les institutions, elles, tirent la couverture… budgétaire.
“Ksar el Bahr”, autrefois appelé Castelo Novo ou Dar al-Bahr, n’est pas qu’un tas de pierres : c’est un repère culturel, un témoin de l’histoire coloniale, un lieu de mémoire. Il a accueilli des événements artistiques et sportifs dans les années 70 et 80. Aujourd’hui, il accueille l’indifférence.
Et ce qui menace de l’engloutir n’est pas seulement la mer. C’est le silence, celui qui pèse plus lourd que les vagues, et qui creuse plus profond que l’érosion.



