
La CAN 2025 au Maroc aura eu au moins un mérite : elle a mis l’« armée des influenceurs » devant un miroir qu’ils n’avaient pas demandé… et dont ils n’ont pas aimé le reflet. On attendait des ambassadeurs de l’image, capables de raconter le Maroc moderne, ses villes vibrantes, ses foules passionnées. On a surtout eu des selfies clonés, des vidéos interchangeables et des contenus aussi profonds qu’une story de dix secondes. Résultat : un vacarme numérique sans valeur ajoutée, un chahut qui n’a convaincu personne, et surtout pas l’imaginaire international qu’ils étaient censés toucher.
Al Ousboue – Tayeb Alaoui
La dépendance au « trend » instantané a fait le reste. Au lieu de saisir la magie des villes marocaines, les rituels populaires, les supporters venus de tout le continent, beaucoup se sont contentés de recycler les mêmes angles, les mêmes blagues, les mêmes grimaces calibrées pour l’algorithme. Le contenu est resté coincé dans leurs téléphones, incapable de dépasser les frontières numériques ou de proposer autre chose que ce que les chaînes officielles montraient déjà.. en mieux.
Et comme si la vacuité ne suffisait pas, l’éthique a fini par s’effondrer elle aussi. L’incident impliquant un influenceur étranger dans les tribunes de Rabat a rappelé que la célébrité numérique ne garantit ni respect, ni responsabilité. Quand la quête de vues devient plus importante que les usages du pays hôte ou les règles d’un événement continental, l’influence se transforme en nuisance, et l’ambassadeur autoproclamé en embarras diplomatique ambulant.
Heureusement, quelques créateurs – saoudiens et nigérians notamment – ont montré qu’il était possible de mêler sport, culture et tourisme avec intelligence. Preuve que le problème n’est pas la génération de contenu, mais la sélection de ceux qui en sont chargés.
La CAN Maroc laisse donc une leçon claire : il est temps de filtrer, d’encadrer, de professionnaliser. De choisir des créateurs capables de raconter un pays, pas seulement de se filmer dedans. Bref, de tracer enfin une frontière nette entre contenu et futilité.



