Au Maroc, le poisson n’est plus un aliment : c’est devenu un produit de luxe, presque un symbole social. Sardine, merlan, pageot… tout est monté, sauf le pouvoir d’achat. Résultat : le citoyen modeste regarde désormais les étals comme on regarde une vitrine de joaillerie.. Avec respect, distance, et un soupçon de nostalgie.
RABAT – Al Ousboue
Pendant ce temps, la secrétaire d’État chargée de la pêche maritime Zakia Driouich multiplie les sorties médiatiques pour assurer que tout va bien, que les marchés sont approvisionnés, que les ports débordent de poissons. Et c’est vrai : les ports débordent. Le problème, c’est que les prix débordent aussi. Entre l’abondance à la source et la pénurie dans les marchés, il y a un gouffre… ou plutôt une chaîne d’intermédiaires qui semble avoir trouvé la recette du profit sans effort.
Le citoyen, lui, ne comprend plus : été, hiver, tempête, soleil… le prix du poisson reste haut, comme s’il était indexé sur la stratosphère. Tout indique l’existence de mains invisibles, très visibles dans leurs effets : accaparement, spéculation, distribution opaque, marketing inventif, et surtout une armée d’intermédiaires qui prennent chacun leur part du filet.
Le député Mehdi El Fattami résume la situation avec une précision chirurgicale : le problème n’est pas la rareté du poisson, mais sa disparition mystérieuse entre le port et l’assiette. Les quantités pêchées chaque jour sont bien réelles, mais leur destination finale relève presque de l’enquête policière. Haute mer, pêche côtière… tout sort, mais pas grand chose n’arrive..
En clair : le poisson existe, mais pas pour tout le monde.



