ECONOMIE & MONOPOLY

Dirham numérique, crypto, flottement… La tempête monétaire approche

Le Dirham est‑il prêt à flotter… ou à boire la tasse ?

Au Maroc, le flottement du dirham ressemble de plus en plus à un film d’horreur économique dont tout le monde a vu la bande‑annonce… mais que personne n’a envie de regarder en entier. En 2026, entre le « dirham numérique », la régulation des crypto‑monnaies et le passage au flottement total, l’économie nationale semble engagée dans un grand saut… sans être totalement sûre qu’il y a un filet en bas.

Al Ousboue – Khalid El Ghazi

Le débat, relancé après une réforme entamée en 2018, revient comme un vieux dossier qu’on avait rangé dans un tiroir en espérant qu’il s’oublie tout seul. Cette fois, on promet que le dirham reflétera enfin la « performance réelle » de l’économie. Problème : quand la performance est fragile, le reflet l’est aussi. D’où les sueurs froides des entreprises, des économistes et des citoyens, qui se demandent si le flottement ne va pas surtout faire flotter encore plus les prix..

L’économiste Zakaria Fraino rappelle que le taux de change dépend de l’offre et de la demande, et que la balance des paiements ne peut être favorable que si la compétitivité suit. Or, avec un déficit commercial qui dépasse les 300 milliards de dirhams, la compétitivité marocaine ressemble davantage à un marathonien qui court avec des poids aux chevilles. Dans ces conditions, un flottement total reviendrait à lâcher le dirham dans une piscine sans brassards.

Il souligne aussi que la majorité des PME marocaines ne maîtrisent pas le risque de change. Autrement dit : on parle de libéraliser un marché où la plupart des acteurs ne savent même pas nager. Les pays qui ont réussi ce virage disposaient d’un secteur privé armé d’instruments financiers sophistiqués. Au Maroc, beaucoup d’entreprises découvrent encore le mot « hedging » comme si c’était un nouveau dessert.

Le système actuel, dit « à bandes », permet au dirham de fluctuer dans une marge de ±10 %, avec Bank Al‑Maghrib en maître‑nageur vigilant. Mais un flottement réel réduirait fortement sa capacité d’intervention. Le marché déciderait, et le marché n’a surtout pas toujours la délicatesse de prévenir avant de secouer.

Fraino avertit : sans formation, sans outils de couverture, sans modernisation bancaire, le flottement pourrait se traduire par une inflation importée à grande vitesse. Et dans un pays où l’industrie dépend massivement des intrants chinois et européens, chaque variation du taux de change pourrait se transformer en hausse des prix… et en migraine nationale.

L’économiste Amine Sami rappelle quant à lui que le flottement n’est pas une fin en soi : c’est un outil qui ne fonctionne que si les fondations sont solides. Inflation maîtrisée, réserves confortables, marché des changes profond, discipline budgétaire… bref, tout ce que le Maroc doit encore consolider avant de lâcher totalement les amarres.

Les experts s’accordent sur un point : avec un déficit commercial où les importations valent le double des exportations, et une dette extérieure majoritairement en dollars, le dirham n’a pas encore les épaules pour affronter un monde financier qui ne fait pas de cadeaux.

Bref, le flottement du dirham pourrait être une bonne idée… mais seulement quand l’économie saura nager sans bouée.

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