
À Ouazzane, on ne soigne pas les malades, on soigne les promesses. Lancé en grande pompe en août 2020, le centre hospitalier régional devait offrir 120 lits flambant neufs pour 240 millions de dirhams. Cinq ans plus tard, les lits sont toujours invisibles, mais l’attente, elle, est bel et bien installée.
Ouazzane – Al Ousboue
Le projet, censé relever du ministère de la Santé, a été confié au ministère de l’Équipement. Résultat : un hôpital qui n’équipe rien et un chantier qui ne soigne que les délais. Les habitants, eux, oscillent entre colère et ironie : « On a au moins gagné un record Guinness, celui du plus long hôpital invisible du royaume. »
Pendant ce temps, les malades continuent leur pèlerinage sanitaire vers Fès ou Kénitra. Le cahier des charges prévoyait deux ans et demi de travaux ; cinq ans plus tard, même pas une salle d’attente pour patienter. À Ouazzane, on ne parle plus de désert médical, mais de mirage hospitalier.
Les acteurs civiques dénoncent un Maroc à deux vitesses : d’un côté, des régions où les hôpitaux sortent de terre plus vite que les discours officiels ; de l’autre, Ouazzane, où l’on inaugure surtout… des retards.
Conclusion satirique : l’hôpital régional de Ouazzane est devenu un chef-d’œuvre d’architecture invisible. Un projet qui soigne surtout l’opacité, et qui prouve qu’au Maroc, certains chantiers ne guérissent jamais… sauf peut-être les carnets d’adresses.



