
À l’approche de la session de février, le Conseil de la ville de Casablanca donne surtout l’impression de préparer un nouvel épisode de sa spécialité maison : beaucoup de réunions, beaucoup de paperasse, avec moins de résultats sur le terrain. Sous la présidence de la maire Nabila Rmili, l’institution est désormais confrontée à une question simple mais embarrassante : où sont passés le sérieux et la crédibilité dans la gestion des affaires de la métropole ?
CASABLANCA – Al Ousboue
Malgré des moyens financiers et logistiques confortables, le Conseil semble enlisé dans des dysfonctionnements chroniques qu’il n’a jamais réellement affrontés. Pour nombre d’observateurs, il ne s’agit plus d’un organe de gouvernance locale, mais d’une annexe administrative chargée de valider des décisions déjà ficelées ailleurs, sans débat réel, y compris au sein de la majorité censée gouverner la ville.
Aucune étude sérieuse des priorités, aucun examen rigoureux des impacts sociaux, aucune évaluation des coûts réels des projets. Les programmes sociaux passent, les conventions aussi (expropriations, cessions immobilières, accords divers..) mais pour les Casablancais, les effets restent invisibles. Beaucoup de signatures, peu de changements.
Le cœur du problème réside dans une gestion financière qui ressemble à un inventaire à la Prévert : crédits budgétaires, comptes spéciaux, transferts, emprunts, subvention « Bloomberg » comprise. Des milliards ont circulé sous la supervision du Conseil, sans qu’un véritable mécanisme d’évaluation ne permette de comprendre comment ils ont été dépensés ni pourquoi la qualité de vie des habitants n’a pas suivi la même trajectoire ascendante. La question, lancinante, revient à chaque session : où est passé l’argent ?
La prochaine réunion du Conseil s’annonce donc électrique. La maire et son bureau devraient essuyer une série de critiques liées à des décisions pour le moins déroutantes : annuler une convention pour un centre socio-professionnel dédié aux personnes en situation de handicap à Hay Hassani, avant de la ressusciter sous une autre forme ; transformer des hôpitaux psychiatriques en nouveaux établissements de santé ; ressortir des projets anciens ; multiplier les expropriations, les cessions immobilières, les révisions de prix, les changements de bénéficiaires et les cahiers des charges réécrits en cours de route.
Le tout dans une ambiance feutrée, puisque les dossiers fonciers continuent d’être discutés à huis clos, loin de tout débat public élargi ou de transparence revendiquée. À Casablanca, les décisions se prennent discrètement.. pendant que la ville, elle, attend toujours qu’on la gère sérieusement.



