
Au Maroc, quand les citoyens manifestent devant les hôpitaux, ce n’est pas pour réclamer des pansements, mais pour signaler que le système de santé est en soins palliatifs. À Agadir, la colère a commencé devant l’hôpital Hassan II, puis s’est propagée comme une épidémie virale sur les réseaux sociaux, jusqu’à contaminer tout le Royaume. Symptôme national : les services de santé toussent, les citoyens crient, et les ministères éternuent.
Al Ousboue – Saad El Hamri
Face à cette poussée de fièvre sociale, qui intervient dans un contexte de démission syndicale et d’amnésie partisane, c’est le ministère de l’Intérieur qui a sorti le thermomètre… et le bâton. Interdiction des rassemblements devant les hôpitaux, circulaire en main, maintien de l’ordre en bandoulière. Résultat : les malades attendent un médecin, les manifestants un avocat, et les ministres… un mode d’emploi.
Pendant ce temps, Amine Tahraoui, ministre de la Santé, découvre le secteur comme on découvre une fracture ouverte : avec stupeur et sans anesthésie. Sa visite à Agadir, tête baissée et regard perdu, s’est soldée par quelques limogeages, histoire de montrer qu’on agit — ou du moins qu’on vire. Mais la réforme, elle, reste en salle d’attente.
Et comme souvent, c’est l’Intérieur qui joue les urgentistes. Après avoir géré les enseignants contractuels, les statuts éducatifs et les crises à répétition, le ministère de Laftit devient le SAMU gouvernemental. Il coordonne, négocie, interdit, réprime, apaise… bref, il fait le boulot des autres, avec un gyrophare administratif et une trousse de premiers secours politique.
On croyait avoir tourné la page Basri, époque où l’Intérieur gérait tout, sauf les émotions. Mais voilà que “la mère des ministères” refait surface, non plus comme bras de fer, mais comme bras de secours. Et pendant que les autres ministères cherchent leurs prérogatives, l’Intérieur distribue les calmants… et les convocations.
La question reste posée : si l’Intérieur soigne les crises, opère les réformes, et gère les protestations, à quoi servent les autres ministères ? À faire les bilans de santé sans stéthoscope ?



