
Dans les centres d’appel marocains, on ne décroche pas le téléphone, on décroche la dignité. Présentés comme tremplins contre le chômage, ces open spaces sous perfusion étrangère sont devenus des laboratoires d’exploitation à ciel ouvert. Stress, précarité, surveillance… le combo gagnant du progrès offshore.
RABAT – Al Ousboue
Montassir Sakhy, sociologue en service de vérité, lève le voile lors d’un colloque sur l’offshoring : derrière les 10 000 postes annuels vantés par les recruteurs, un taux de fuite digne d’un navire sans capitaine. Les jeunes employés fuient, les multinationales facturent, et les autorités… mettent le casque en mode muet.
Yasmin Boutayeb, du think tank Prometheus, dégaine les chiffres qui grattent : contrats précaires, montages juridiques acrobatiques, droits fondamentaux en congé sans solde. Les entreprises, elles, dorment tranquilles sous la couette de l’irresponsabilité légale. Le Code du travail ? Un document décoratif, sauf pour les avocats des RH.
L’étude révèle un florilège de pratiques dignes d’un manuel de dystopie : salaires minimalistes, semaines de 44 heures, caméras à domicile, et obligation de dormir sur place. À ce rythme, le centre d’appel devient centre de détention, avec option “burn-out garanti”.
La culture d’entreprise ? Un chef-d’œuvre de déshumanisation : on déconnecte les employés de leur langue, de leur vie, de leur syndicat, pour mieux les connecter aux scripts de Paris ou Montréal. L’intégration ? Trop coûteuse. La segmentation ? Bien plus rentable.
Et pour tenir le coup, certains employés optent pour le cannabis. Pas pour le plaisir, mais pour survivre à la pression. Le joint devient outil de gestion émotionnelle, faute de reconnaissance professionnelle. Le mal-être est profond, mais les autorités, elles, restent en mode avion.
Pendant que le Maroc se rêve en hub technologique, ses centres d’appel tournent à plein régime… sur le dos de ceux qui n’ont même plus le droit de décrocher.



