SOCIÉTÉ QUI CLOCHE

Société | Le prestige avance, l’assainissement patauge..

Les infrastructures locales sont-elles négligées faute de caméras pour les filmer ?

Des militants de l’association « Attac Maroc » viennent de rappeler à l’État une vérité qui fâche : à force de vouloir briller sur la scène internationale, le pays risque d’oublier qu’il a aussi un public local… et qu’il n’est pas toujours conquis. Selon l’association, les autorités semblent avoir adopté une stratégie simple : là où les caméras du monde s’installent, les budgets pleuvent ; là où vivent les Marocains, il fait sec.

RABAT – Al Ousboue

Pendant que les stades flambant neufs se préparent à absorber des déluges dignes d’un match de Coupe du monde, les quartiers populaires, eux, continuent de se noyer dès la première averse. Dans les zones sans projecteurs, les rues sont bricolées à la va‑vite, les travaux réalisés au rabais, et la maintenance relève de la science-fiction. Résultat : des pelouses FIFA qui résistent à la pluie, mais des villes qui se transforment en piscines municipales non déclarées.

Les chiffres, eux, ne prennent pas de gants. Pour 2026, l’État prévoit 1,1 milliard de dirhams pour les infrastructures sportives du Mondial 2030, et 500 millions pour les terrains de proximité dans les écoles. En 2024, près de 1,97 milliard ont été engloutis dans les stades, dont celui de Casablanca, dont la capacité augmente plus vite que celle des réseaux d’assainissement. Au total, plus de 20 milliards de dirhams ont été mobilisés pour les infrastructures sportives internationales.

À côté, les 4,6 milliards destinés à reconstruire les maisons détruites par un séisme font figure de pourboire humanitaire. Pour Attac Maroc, ce n’est pas seulement un déséquilibre : c’est une hiérarchie des priorités qui ferait rougir un comptable de club de foot.

L’association rappelle que ces milliards n’ont pas vraiment amélioré les routes locales, ni renforcé les réseaux d’assainissement, ni relevé le niveau des services de santé ou d’éducation. D’où la question qui pique : quelle est la valeur sociale d’un modèle de développement qui brille à l’étranger mais fuit à domicile ?

Le contraste est saisissant : pendant que l’État tarde à garantir des routes praticables et un assainissement digne de ce nom, il n’hésite pas à investir des fortunes dans des projets à forte portée symbolique. Les stades, eux, n’ont pas à se plaindre : ils sont entretenus, bichonnés, rénovés, parfois même plus souvent que certains quartiers ne voient passer un camion de nettoyage.

Et comme pour illustrer le propos, les premières pluies ont encore transformé plusieurs villes en zones sinistrées. À Berrechid, par exemple, les rues ont été submergées comme si la ville avait décidé de tester un nouveau concept : la circulation amphibie. Les habitants, eux, ont surtout testé la patience, faute de canalisations adaptées et d’intervention rapide des services concernés.

En résumé : le Maroc prépare le Mondial 2030, mais pas la saison des pluies. Et pour Attac Maroc, ce n’est pas un hasard : c’est un choix politique. Un choix où l’image internationale vaut plus cher qu’une rue qui ne s’effondre pas.

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