
La scène politique nationale ressemble de plus en plus à un avion dont le pilote a sauté en plein vol… en laissant les passagers se débrouiller avec les consignes de sécurité. Depuis que le chef du gouvernement a décidé de quitter la direction de son parti [geste héroïque ou abandon de poste, chacun choisira] la majorité parlementaire s’est transformée en champ de ruines.
RABAT – Al Ousboue
Le passage de témoin au président du groupe parlementaire n’a pas calmé les choses : il a surtout permis d’ajouter quelques étincelles à un baril de poudre déjà bien sec. Résultat : l’exécutif avance au ralenti, façon tortue asthmatique. Les analystes, eux, parlent désormais d’un gouvernement « constitutionnellement dégonflé ». Il faut dire que diriger un pays sans diriger son propre parti, c’est un peu comme vouloir conduire un bus sans volant : on peut toujours essayer, mais ça finit rarement bien.
À l’approche des élections législatives, l’équipe en place s’est muée en gouvernement de gestion courante, c’est‑à‑dire un groupe chargé de garder la lumière allumée en attendant que « le gouvernement du Mondial » ou la prochaine majorité.. vienne changer les ampoules. Les grands projets, eux, sont soigneusement rangés dans un tiroir en attendant des jours meilleurs.
Pendant ce temps, plusieurs ministres semblent avoir été placés en mode « économie d’énergie ». Isolés, sans prérogatives, sans rôle clair, ils gèrent les derniers mois d’un mandat qui n’a pas vraiment brillé par ses résultats : conditions de vie, emploi, entreprises… autant de dossiers laissés en plan, comme des devoirs jamais rendus.
Mais le plus savoureux reste ailleurs : une bonne partie du pouvoir décisionnel a glissé, tout doucement, vers le ministère de l’Intérieur. Désormais, c’est là que ça se passe. Les autres ministres, eux, risquent de finir comme figurants dans leur propre film, chargés d’approuver des décisions prises dans une autre salle de réunion..
Face à une crise sociale et économique qui refuse obstinément de disparaître, l’idée d’un remaniement profond (voire d’un changement complet d’équipe) circule avec insistance. Certains rêvent même d’un gouvernement de technocrates ou d’une coalition XXL, histoire de sauver ce qui peut encore l’être avant les élections. En attendant, les choses continuent d’avancer, ou plutôt de glisser.. lentement, sur une pente savonneuse.



