
Au Maroc, le sport n’est plus seulement une passion : c’est une niche fiscale. La décision de prolonger jusqu’en 2030 les exonérations accordées aux sociétés sportives transforme l’exception en règle et le privilège en droit acquis. Initialement prévues pour s’arrêter en 2026, ces mesures temporaires deviennent un boulevard fiscal où les clubs roulent en première classe, pendant que les petites entreprises pédalent en côte.
RABAT – Al Ousboue
Football, basket, merchandising, transferts de joueurs : tout y passe, tout rapporte, mais rien ne revient au Trésor. TVA ? Exonérée. Droits d’enregistrement et de timbre ? Exonérés. Droits de douane ? Exonérés. Salaires des sportifs ? Allégés à 90 %, puis 80 %. Bref, un régime fiscal qui ferait pâlir d’envie n’importe quel artisan étranglé par ses cotisations.
Le contraste est violent : d’un côté, des clubs qui brassent des millions sans verser un dirham d’impôt ; de l’autre, des auto-entrepreneurs et des PME qui paient rubis sur l’ongle. Résultat : un sentiment d’injustice qui enfle, et un proverbe populaire qui trouve ici toute sa saveur : « Saâdat li aandou mmou f laarss » — heureux celui qui a ses entrées au banquet.
Au royaume du sport-business, les exonérations sont éternelles, les profits intouchables, et le contribuable… remplaçant de luxe.



