RABAT – Al Ousboue
Au Maroc, l’urgence sanitaire a bon dos. Aziz Akhannouch a autorisé son ministre de la Santé, Amine Tehraoui, à recourir à la procédure négociée pour réhabiliter 90 hôpitaux. Très bien tant qu’il s’agit de redresser la santé, sauf que là on a eu recours à des marchés publics conclus sans appel d’offres, directement, discrètement, et surtout confortablement. Montant de l’ordonnance : 3,3 milliards de dirhams.
Officiellement, il s’agit de sauver des infrastructures délabrées. Officieusement, cela ressemble à un remake des contrats Covid : urgence invoquée, concurrence évacuée, et entreprises « connues du circuit » déjà prêtes à encaisser. La santé publique devient ainsi un terrain d’expérimentation budgétaire où l’exception devient la règle et la transparence, une option facultative.
Idriss Azami, ancien ministre, rappelle que l’article 89 du décret sur les marchés publics ne permet ce genre de raccourci que face à des catastrophes ou menaces graves. Or, sauf à considérer l’état chronique des hôpitaux comme un séisme permanent, rien ne justifie ce recours. Mais qu’importe : quand la loi gêne, on la contourne.
Conclusion sarcastique : sous couvert d’urgence, le gouvernement soigne surtout ses réseaux. Les hôpitaux attendront, les patients patienteront, mais les initiés, eux, n’auront pas à faire la queue.



