
RABAT – Al Ousboue
À l’Agence de développement agricole, on ne cultive pas que les terres : on sème aussi les contrats. Dernière récolte en date : une campagne de sensibilisation confiée à une société au capital de 250 000 dirhams, pour un montant de… 2,79 millions. Soit plus de dix fois sa valeur. Une performance digne d’un miracle agricole, sans engrais ni expertise.
La société en question n’a aucune expérience dans la communication agricole, mais visiblement, elle maîtrise l’art de pousser là où ça paie. Les critères de sélection ? Mystère. La pertinence de l’investissement ? À chercher entre deux lignes budgétaires.
Pendant que les petits agriculteurs attendent des aides, l’agence arrose généreusement des campagnes institutionnelles : 5,59 millions en juin, 6,32 millions en juillet, 1 million en août. À ce rythme, le secteur agricole va finir par produire… des factures.
Et dans ce champ de dépenses, un nom revient comme une mauvaise herbe : Absyncom. Déjà bénéficiaire de plusieurs contrats, la société a récolté 7 millions pour un stand à Dubaï, 4,46 millions pour un autre à Riyad, et quelques missions en Allemagne pour faire bonne mesure. On ne sait pas si les stands étaient biodégradables, mais les budgets, eux, ont bien été digérés.
Résultat : les agriculteurs trinquent, les communicants facturent, et la transparence se cache derrière un rideau de devis. Le débat est relancé : l’Agence développe-t-elle l’agriculture… ou juste son carnet de commandes ?



