
Un débat inédit secoue le Rassemblement national des indépendants (RNI). Mohamed Oujar, ancien ministre et diplomate, a lâché des propos qui font l’effet d’un séisme : selon lui, l’administration et ses représentants tiennent les rênes, laissant aux élus et aux ministres des marges de manœuvre dignes d’un figurant. Autant dire que la “majorité” ressemble plus à une troupe d’acteurs secondaires qu’à un gouvernement.
Al Ousboue – Said Rihani
La démocratie locale en mode décor
Oujar affirme que les collectivités territoriales, censées incarner la proximité démocratique, ne gèrent que 10 % des budgets. Le reste ? Entre les mains des walis, gouverneurs et hauts fonctionnaires. Les présidents de communes ne peuvent rien décider sans l’aval administratif.. La décentralisation, selon lui, n’est qu’un slogan accroché aux murs. Et pour couronner le tout, une bureaucratie héritée de l’ère Basri continue de paralyser les ministres.
Un discours qui gratte plus loin
Oujar ne se contente pas de pointer les élus corrompus. Il pose une question qui dérange : “Peut-on imaginer qu’un président de commune vole seul pendant 25 ans ?” Autrement dit, derrière les scandales locaux se cache un système où l’administration territoriale échappe à tout contrôle réel.
Un séisme politique interne
Ce qui rend ces propos explosifs, c’est leur origine : un cadre du parti au pouvoir. Alors que le RNI tente de vendre une image de réussite, Oujar dévoile une réalité où les ministres sont entravés, les élus impuissants, et les décisions fabriquées ailleurs […].
Certains y voient une dénonciation interne du système, plus qu’une simple opinion personnelle.
Des critiques sur les institutions verrouillées
Oujar va plus loin : il critique la composition des institutions de gouvernance (Conseil supérieur de l’éducation, Conseil national des droits de l’homme, Conseil économique et social…), toutes dirigées par des personnalités issues d’un même courant politique. Il suggère même un dialogue avec les hautes sphères sur ces nominations. Une audace rare, presque iconoclaste, dans le paysage politique marocain.
Un avertissement institutionnel
Pour les analystes, ces déclarations traduisent une crise profonde : “l’administration gouverne, la politique sert de façade”. Oujar relie cette impasse aux défis géopolitiques actuels et appelle à un ajustement constitutionnel. Autrement dit: le Maroc aurait besoin d’une mise à jour institutionnelle, version 2.0, pour éviter le bug démocratique.
Les propos de Mohamed Oujar dépassent le cadre partisan et posent une question centrale : le RNI peut-il continuer à se présenter comme moteur de la gouvernance alors que l’un de ses dirigeants affirme que le véritable pouvoir reste ailleurs ? Pour l’instant, pas de crise ouverte… mais un parfum de confrontation qui pourrait bien redessiner le débat politique à l’approche de 2026.



