
Il aura fallu attendre l’automne de la législature pour que la ministre Amina Sghrouchni se souvienne que le Maroc possédait une stratégie nationale contre la corruption. Un document oublié dans les tiroirs, ressorti comme une vieille naphtaline : ça gratte les yeux, mais ça ne change pas l’odeur.
RABAT – Al Ousboue
Depuis 2023, silence radio : pas de réunion, pas de rapport, pas même un communiqué. La commission nationale censée piloter la stratégie ressemblait plus à une morgue administrative qu’à un organe de contrôle. Pendant ce temps, bon nombre d’élus, fonctionnaires et parlementaires s’illustraient dans des scandales financiers, sans que personne ne vienne leur rappeler le code pénal.
Et voilà que, dans un sursaut tardif, la ministre annonce que la stratégie est bel et bien “en cours d’application”. Mieux : un rapport 2019-2024 serait prêt à être présenté. À condition que la commission se réveille de son coma prolongé.
Pour donner un vernis participatif, on renouvelle les représentants de la société civile et on invite Transparency Maroc à rejoindre le bal. Mais la musique est coupée depuis longtemps : on danse en silence, sur un parquet vermoulu.
Enfin, Sghrouchni promet une nouvelle stratégie pour 2026. Autrement dit : on enterre la vieille avant même de l’avoir appliquée, et on prépare déjà la prochaine cérémonie. La lutte anticorruption au Maroc, c’est un peu comme un enterrement de première classe : beaucoup de discours, peu de résurrection.



