
C’est sous le soleil de Marrakech, cadre idéal pour vendre du rêve et des mirages, que le Rassemblement national des indépendants (RNI) a sorti sa plus belle baguette magique. Fatima-Zahra Ammor, ministre du Tourisme le jour et fée de « l’inclusion économique » la nuit, est venue promettre la lune : un taux de chômage à moins de 9 % d’ici 2030. Un horizon parfait pour un parti qui ne manque pas d’air, à défaut de manquer de chômeurs.
Rabat – Al Ousboue
Pour y parvenir, la Colombe ne compte plus ses œufs. Le plan est d’une précision d’horloger : 100 000 postes dans le tourisme (que la ministre gère déjà, alors autant se faire plaisir), 150 000 dans les campagnes, et surtout, le coup de génie : 100 000 emplois par an grâce à la Coupe du monde. Les mauvaises langues souligneront que le Mondial ne dure qu’un mois, mais au RNI, on sait étirer le temps et les statistiques. Même les fameux jeunes « NEET » (ni en emploi, ni en formation) vont découvrir les joies du « droit à l’autonomisation ». Traduction en langue de bois : on va s’occuper de vous, restez près du téléphone.
Le chômage longue durée, mais mieux payé
Grand prince, le parti propose aussi de remplacer la vieille « indemnité pour perte d’emploi » par une rutilante « allocation de retour à l’emploi ». L’astuce ? On double la durée du traitement (douze mois au lieu de six) et on baisse la barre des cotisations requises. Comme ça, on pourra rester chômeur deux fois plus longtemps, mais avec la bénédiction du gouvernement. Pour les travailleurs saisonniers, c’est le grand chelem : CDI à éclipse et une mystérieuse « carte du travailleur » pour toucher la retraite entre deux récoltes. Un chef-d’œuvre de flexi-sécurité à la marocaine.
Des sous gratuits pour les fauchés
Mais le clou du spectacle est venu de Karim Zidane, autre éminent membre du bureau politique, qui a inventé l’argent magique : le « Fonds de prêts productifs gratuits ». En clair, des crédits sans intérêts pour les plus précaires, entièrement garantis par l’État. Plus besoin de garanties bancaires, le gouvernement se porte caution. Les banquiers apprécieront le bénévolat forcé, et les contribuables savoureront d’avance l’ardoise.
Le ministre a conclu sa prêche en invoquant « la confiance », condition sine qua non du développement durable. On veut bien le croire : pour avaler un tel catalogue de Noël en plein mois de juillet, il faut effectivement une confiance aveugle.



