
À l’USFP, on a découvert avec une indignation toute fraîche que les élections devaient, en principe, avoir lieu avant la désignation du vainqueur. Une révélation institutionnelle majeure, visiblement provoquée par les rumeurs persistantes prêtant à Fouzi Lekjaa des ambitions de futur chef du gouvernement. Dans la maison de la rose, on s’étonne, on s’agace, on s’étrangle presque : comment ose-t-on parler du prochain locataire de la primature avant même que les électeurs aient eu la délicatesse de se déplacer jusqu’aux urnes ?
Rabat – Al Ousboue
Driss Lachgar, lui, voit dans cette petite météo des coulisses politiques une grosse dépression démocratique. Selon lui, faire circuler le nom de Lekjaa relèverait de la désinformation, de la confiscation du débat public et, tant qu’à faire, d’un empiètement sur les prérogatives constitutionnelles du Roi. Rien que ça. La rumeur n’est donc plus une rumeur : c’est presque un coup d’État en babouches médiatiques.
Le premier secrétaire de l’USFP plaide ainsi pour une démocratisation de l’information, ce qui, dans le paysage politique national, sonne toujours comme une excellente idée tant qu’elle ne concerne pas trop ceux qui la réclament. Il s’agit, explique-t-il, de combattre les certitudes électorales fabriquées à l’avance, ces sondages de couloir, ces pronostics de salon, ces petits arrangements narratifs où l’on connaît déjà le chef avant d’avoir vu les bulletins.
Le parti de la rose, jamais avare en pétales de vertu, rappelle que la compétition électorale doit se jouer sur les programmes, non sur les rumeurs. Voilà qui tombe bien : les programmes, eux, ont souvent l’élégance de rester suffisamment discrets pour ne déranger personne. L’important, insiste l’USFP, est que tous les concurrents puissent accéder équitablement à l’espace public, aux médias et aux ressources publiques. Une revendication admirable, surtout dans un pays où l’égalité des chances politiques est une vieille dame que tout le monde salue mais que personne n’invite vraiment à table.
L’USFP estime aussi que la confiance dans les institutions ne se restaure pas en annonçant le résultat avant le match, mais en organisant des élections libres, transparentes et compétitives. Bref, un concept audacieux : attendre le vote des citoyens pour savoir ce que les citoyens ont voté. Le parti rappelle que la voix du peuple doit rester l’unique source démocratique de légitimité, ce qui est toujours bon à redire, surtout quand la légitimité semble parfois préférer les raccourcis climatisés aux files d’attente devant les bureaux de vote.
Au passage, la formation socialiste glisse une autre petite douceur : les dossiers actuellement entre les mains de
la justice auraient mis en lumière l’infiltration des institutions élues par l’argent illicite, les trafiquants de drogue et les prédateurs des deniers publics. Voilà donc le décor : des urnes, des slogans, des affiches, et, derrière le rideau, quelques personnages qui semblent avoir confondu mandat électif et plan de carrière pénal.
Lachgar rappelle enfin que la nomination du chef du gouvernement relève exclusivement du Roi, une fois les résultats définitifs proclamés. Une précision constitutionnelle destinée à calmer les impatients qui distribuent déjà les maroquins comme on réserve une table au restaurant.
Et comme un bon communiqué politique ne saurait s’achever sans son couplet sur les moyens de l’État, Lachgar appelle le chef du gouvernement à mettre fin à leur utilisation en campagne électorale, avant, pendant, autour, et probablement même dans les rêves de meeting. Même avertissement pour les ressources des collectivités territoriales, ces modestes trésors locaux qui ont parfois la fâcheuse tendance à prendre le chemin des ambitions nationales.
En résumé, l’USFP demande que l’on cesse de fabriquer le prochain chef du gouvernement avant les élections. Ce qui, dans un système politique normalement constitué, passerait pour une évidence. Mais puisque l’évidence est devenue une denrée rare, Lachgar la remet sur le marché, avec emballage démocratique, parfum constitutionnel et une petite épine soigneusement plantée dans le bouquet de Lekjaa.



