
C’est bien connu : au Maroc, l’État est neutre, pieux, et ne se mêle jamais, au grand jamais, des affaires religieuses personnelles, chacun prie comme il le souhaite. Sauf, bien sûr, quand il s’agit de désigner le grand patron d’une confrérie. Bienvenue dans le feuilleton de l’été à la Zaouïa Boutchichia de Madagh, où le ministre des Habous et des Affaires islamiques, Ahmed Toufiq, a troqué son costume de haut fonctionnaire pour celui de faiseur de chefs.
Rabat– Al Ousboue
Le très discret ministre est aujourd’hui accusé par les fidèles d’avoir confondu les testaments sacrés avec des circulaires administratives. Selon les proches de la confrérie, notre cher ministre aurait carrément déchiré, spirituellement s’entend, les dernières volontés notariées des défunts cheikhs Sidi Hamza et Sidi Jamal. Ces derniers avaient pourtant noir sur blanc désigné le docteur Moulay Mounir El Kadiri Boutchich comme le seul et unique PDG de la transcendance locale. Mais voilà, Monsieur le Ministre a ses têtes, et surtout sa propre notion de la légitimité : il a choisi d’adouber une faction dissidente. L’esprit saint a ses raisons que le ministère ne connaît que trop bien.
Face à cette intrusion un poil trop terrestre, le conseil des dirigeants de la Zaouïa a sorti l’artillerie lourde : un communiqué historique pour rappeler que la lignée directe, ça ne se négocie pas dans les bureaux du ministère. Lassés de se faire traîner dans la boue sur les réseaux sociaux par des « campagnes de diffamation » fort opportunes, les sages menacent désormais de régler cette affaire de haute spiritualité… devant les tribunaux de l’administration. Un grand moment de théologie juridique en perspective.
En plus de distribuer les bons points mystiques, le ministère aurait tenté une petite réécriture de la géographie sacrée du Royaume en réduisant d’autorité la carte des zaouïas. Manque de pot, le coup de gomme unilatéral a provoqué un tel tollé chez les dévots que les rapports officiels ont été supprimés des sites internet plus vite qu’un discours de ministre post-campagne.
En haut lieu, on murmure que ce zèle ministériel commence sérieusement à agacer. Il faut dire que voir un ministre des Habous s’emmêler les pinceaux dans les successions des zaouïas, ça fait désordre, même pour un gouvernement habitué aux miracles.



