
C’est le miracle de la sainte unanimité. Réunie jeudi dernier sous les dorures de la Chambre des conseillers, la Commission de l’enseignement et des affaires sociales a voté comme un seul homme le projet de loi n° 41.26. Derrière ce doux jargon technocratique se cache une grande première mondiale : la création d’un parachute de secours pour les travailleurs.
Rabat– Al Ousboue
Venu prêcher la bonne parole, le ministre délégué chargé du Budget, Fouzi Lekjaa, a sorti sa plus belle calculette pour rappeler que l’« État social », grand chantier royal, coûte la bagatelle de 2,2 milliard de dirhams par mois. Plus de 4 millions de ménages et 5 millions de bambins sont ainsi branchés sous perfusion étatique.
Mais voilà, à force de distribuer les allocations, le gouvernement a buté sur un os d’une logique implacable : Trouver un emploi déclaré à la CNSS (Caisse nationale de sécurité sociale) équivalait jusqu’ici à une condamnation à mort de l’aide sociale directe. Entre un minuscule salaire précaire et une allocation garantie, le calcul était vite fait. Pour éviter que les citoyens ne fuient le marché de l’emploi comme la peste, le ministère a donc dû ruser.
Pour rassurer les troupes, notre cher ministre a sorti de son chapeau une « allocation exceptionnelle ». Un chèque unique, versé en une seule fois (faut pas s’enflammer non plus), pour consoler les familles dont le chef (ou la cheffe) commettrait le crime d’adhérer à la CNSS dans le privé. La durée de cette consolation ? Un futur texte réglementaire le dira, quand les astres seront alignés.
Mieux encore, le gouvernement invente le cumul provisoire. Pendant un an, le bénéficiaire pourra toucher à la fois sa paye et son aide sociale. Douze mois de sursis pour s’habituer à l’idée de travailler sans filet.
Et si l’employeur met la clé sous la porte ou que l’essai rate ? Pas de panique. M. Lekjaa promet le « rétablissement automatique » des aides en cas de perte d’emploi, « quelle qu’en soit la cause ». Une aubaine qui a fait verser une larme d’émotion aux syndicats (UMT et CDT), d’ordinaire plus prompts à grogner. Les camarades ont salué cette « évolution », tout en rappelant, histoire de justifier leurs cotisations, que la réussite d’un tel plan ne se mesure pas au nombre de pauvres qu’on subventionne, mais à ceux qu’on sort de la panade.
À la Chambre, les conseillers ont rivalisé de superlatifs pour saluer ce texte qui va enfin permettre aux Marocains de déclarer leur boulot sans trembler du menton. Reste une question que les parlementaires, dans leur immense sagesse, ont oublié de poser : si la réussite sociale consiste à pouvoir perdre son emploi pour retrouver son allocation, où s’arrête le progrès ?



