À Rabat, la rose socialiste tente un retour en scène après dix ans d’hibernation politique, une sorte de pause biologique électorale durant laquelle le parti a eu tout le loisir de réorganiser sa maison interne… et de méditer sur la claque de 2015. Les stratèges socialistes jurent avoir tiré les leçons du passé : fini les discours lyriques, place à une communication calibrée pour une époque où même les électeurs semblent entraînés par l’intelligence artificielle à repérer les promesses creuses.
Al Ousboue – Bouchaïb El Idrissi
La capitale a longtemps été leur jardin politique, leur vitrine institutionnelle, leur pépinière de ministres. Mais cette fois, ils reviennent dans une ville dirigée par un ancien allié devenu adversaire : le RNI, formation libérale qui a su s’installer aux commandes du gouvernement et du conseil communal, là où d’autres — notamment le PJD — se sont pris les pieds dans leurs propres décisions impopulaires avant de tenter un retour en arrière présenté comme un exploit.
Sur le terrain local, l’article 111 de la loi communale a longtemps servi de roue de secours aux conseils municipaux, permettant au wali de faire avancer les dossiers que les élus préféraient contourner. Pendant des années, les conseils de Rabat ont été priés de s’occuper de diplomatie parallèle et de relations interurbaines — un domaine dans lequel ils ne se sont réveillés qu’en fin de mandat, histoire de montrer qu’ils savaient encore bouger.
Désormais, socialistes et députés du RNI devront répondre à une question simple : qu’ont‑ils réellement fait pour les habitants de Rabat, en échange des indemnités confortables qui accompagnent leurs fonctions ? Les électeurs, eux, n’ont pas bénéficié de pause biologique : ils jugeront sans anesthésie.



