
C’est bien connu, la sadaka a ses limites, mais l’assistance judiciaire marocaine, elle, n’a que des horizons radieux. Notre cher ministre de la Justice, Abdellatif Ouahbi, vient de découvrir avec une candeur qui honore son portefeuille que l’altruisme des avocats commis d’office se mesurait parfois… au camion-benne.
Rabat– Al Ousboue
Appliquant avec la rigueur d’un épicier le fameux dicton « les bons comptes font les bons amis », le ministre a décidé de jeter un coup de projecteur sur le tiroir-caisse des défenseurs de la veuve et de l’orphelin. Et là, surprise : la misère des justiciables fait visiblement la fortune de leurs conseils.
Le loto des plaidoiries
Dans la grande loterie du barreau, certains ont visiblement tiré le gros lot sur les fonds publics :
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À Casablanca, un avocat au cœur sur la main a tout de même accepté 260.000 Dhs pour ses nobles efforts. Un smic de misère, sans doute.
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À Laâyoune, on passe à la vitesse supérieure : 510.000 Dhs. Le sable fin, ça use les cordes vocales, ça se paie.
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À Agadir, la défense devient un sport de haut niveau : 720.000 Dhs.
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Et le grand champion toutes catégories, le ténor des tiroirs-caisses, affiche un compteur cumulé de 1.005.000 Dhs. À ce niveau-là, ce n’est plus de la plaidoirie, c’est de la haute voltige fiscale.
Petits fours pour les uns, miettes pour les autres
Pendant que ces stakhanovistes de la gratuité subventionnée se dorent au soleil des finances publiques, le ministre s’étonne, avec une feinte naïveté, de voir le reste de la piétaille du barreau se partager les miettes. Pour les autres, c’est plutôt régime pain sec : entre 1 500 et 3 000 dirhams la prestation. On imagine l’ambiance chaleureuse et la franche camaraderie dans les salles d’audience.
La note finale : Au total, la cagnotte de l’assistance judiciaire pèse la bagatelle de 240 millions de dirhams. Une paille.
Rassurez-vous, le ministre a trouvé la parade pour calmer ces ardeurs humanitaires : il menace d’envoyer tout ce beau linge se faire habiller pour l’hiver chez les magistrats de la Cour des Comptes. Un audit approfondi se prépare.
Reste à savoir si les avocats visés invoqueront le « secret professionnel » pour expliquer comment transformer une noble cause en compte en Suisse. Affaire à suivre, mais le spectacle a déjà commencé !



