
C’est un anniversaire qui se fête dans le recueillement… et l’inertie la plus totale. Depuis soixante-six ans, tout de même ! La fine fleur de la politique Rbati se passe le relais à la tête de la capitale. Municipalités, communautés urbaines, préfectures, arrondissements… Tout ce beau monde de notables a défilé sur les dorures locales avec un talent fou pour une discipline bien précise : ne pas foutre grand-chose.
Rabat – Al Ousboue
Prenez la loi. Elle leur impose pourtant un service minimum, doublé d’un devoir de solidarité populaire qui tient en quatre mots : « magnifier les rites religieux ». Eh bien, rideau ! En cette semaine d’Aïd el-Adha, moment où le commun des mortels s’attendrait à voir nos édiles s’agiter, innover, voire, soyons fous, faire preuve de générosité, c’est le calme plat.
Il faut dire que nos chers élus souffrent d’un léger trouble de l’identité. Ils se prennent très au sérieux pour « l’Administration », avec un grand A, alors qu’ils ne sont que de modestes représentants choisis par et pour les Rbatis. Des serviteurs du peuple, en théorie. Soit par obligation légale, soit par pure « fibre militante » (on y croit). Mais dans la pratique, le service public local ressemble surtout à un cache-misère. En l’occurrence, de sublimes affiches placardées sur les fissures des murs de la mairie, proclamant sans trembler du menton : « L’administration au service des citoyens ».
Qu’a donc préparé cette fameuse « volonté populaire » pour que l’Aïd apporte un peu de joie dans les foyers de la capitale, sans laisser les plus démunis sur le carreau ? Mystère. À Rabat, le seul emballage que l’on maîtrise, c’est celui des promesses. En 66 ans, le seul « succès » notable de nos élus aura été de grimper l’échelle sociale pour s’offrir le standing de hauts fonctionnaires, oubliant au passage leur rôle d’encadrement et d’animateurs de la cité.
Sauf, bien sûr, quand les urnes frémissent ! Là, miracle : les boîtes aux lettres dégueulent de tracts, les rues sont envahies par des cortèges de candidats poussant des slogans si « acrobatiques » qu’ils feraient passer des clowns de cirque pour de grands penseurs. C’est pourtant le reste de l’année qu’il faudrait descendre dans les quartiers populaires pour organiser, parrainer et partager la fête avec ceux qui la font. Bref, faire leur boulot et veiller au bonheur des administrés.
Mais nous oublions un détail crucial : le jour de la fête, nos champions de la volonté populaire ont autre chose à foutre. Ils sont en vacances ! Pendant que les agents territoriaux de base, eux, se coltinent les permanences, les élus ont déjà filé à l’anglaise. À moins que, par un sursaut de conscience inédit, nos chers notables profitent de cet Aïd pour méditer sur leurs devoirs ? On peut toujours rêver, ça ne mange pas de méchoui.



